VIVRE LA MONTAGNE EN HIVER


Du 1er mai au 18 décembre 2015

Renseignements pratiques


Introduction
LA VIE TRADITIONNELLE, rester ou partir
Partie I : Rester en montagne
Partie II : Quitter la montagne
LA VIE MODERNE, des Chasseurs alpins au tourisme
Partie III : L’armée investit la montagne
Partie IV : Le tourisme à la conquête des champs de neige

 



INTRODUCTION
Dans sa Pantagrueline prognostication, certaine véritable et infaillible, valable pour l’an perpétuel c’est à dire à l’infini, François Rabelais est formel : Il descendra grand abundance de micquelotz des montaignes de Savoie et d’Auvergne ; mais Sagittarius les menasse des mules aux talons. Le lecteur contemporain comprendra que les colporteurs et les migrants en foule courent le grave risque d’engelures aux pieds.

Une simple phrase se veut ainsi une annonce extraordinaire alors qu’elle évoque une situation d’une consternante banalité : cet hiver les habitants des montagnes en descendront à grande fatigue pour s’employer dans les villes.

Nous sommes dans la première moitié du XVIe siècle et l’humaniste mentionne sur le ton badin un trait essentiel de l’anthropologie alpine : les courants d’échange entre monts et plaines qui s’organisent chaque année à l’alternance des saisons.

Le phénomène est bien connu, faisant d’ailleurs l’objet d’études fouillées. On a peut-être attaché moins d’importance à l’inversion survenue en une époque relativement récente. L’alpin a désormais cessé de quitter les massifs, y laissant subsister sa famille et les membres les plus faibles de sa communauté, pour rester en montagne, y organisant l’accueil des citadins qui accomplissent à leur tour le déplacement.

C’est l’armée, en large part, qui a provoqué le mouvement : au cœur de l’Europe de la Restauration de nouvelles ambitions étatiques se font jour (unités allemande ou italienne, revendications française des frontières naturelles, sauvegarde des multiples territoires de l’empire autrichien), conduisant inévitablement à de graves tensions politiques.

La chaine des Alpes en est le théâtre et se voit militarisée à outrance  par les puissances concernées. Création des troupes de montagne (Chasseurs à pied et batteries d’artillerie légère), construction de réseaux de communications (routes et voies ferrées), établissement de lignes fortifiées (Séré de Rivières, Vallo alpino) et installation de bases d’entrainement (Beuil, Peira-Cava) se multiplient, tout particulièrement dans la seconde moitié du XIXe siècle.

Préparer la guerre n’est cependant pas faire la guerre et ces installations d’un nouveau genre attirent en montagne des visiteurs qu’auparavant la difficulté d’accès et la précarité d’accueil en avaient toujours tenus éloignés. La salubrité du bon air, la valeur de l’exercice physique, les joies de la convivialité, tout concourt à faire du séjour en montagne un must de la vie citadine ainsi transplantée tout en restant soigneusement à l’écart de la société rurale traditionnelle.

L’apaisement des conflits, ou leur déplacement vers d’autres horizons, favorisent rapidement la structuration d’une installation durable prenant la forme d’une urbanisation spécifique : celle des stations de sports d’hiver de différentes générations.

Jean-Loup Fontana
Conservateur départemental du patrimoine
Conservateur-conseil de Roudoule


LA VIE TRADITIONNELLE, rester ou partir

I/ Rester en montagne


À bien y regarder, la montagne n’oppose guère aux hommes qui la fréquentent que deux ordres de difficultés : la pente et le climat. Tout le reste : gel, crues, avalanches, intempéries, glissements de terrain, etc, ne découle que de ces circonstances premières. Que ce soit pour l’habiter en permanence ou pour la parcourir occasionnellement il est indispensable de surmonter et de vaincre tantôt l’une, tantôt l’autre, les deux en même temps le plus souvent. Il advient aussi que l’on préfère s’allier à elles et mettre à profit la contrainte négative initiale qu’elles représentent pour disposer en fin de compte d’une ressource bénéfique. Paraphrasant Henri de Montherlant qui voyait dans l’opposition à l’élément marin l’origine des grandes civilisations humaines, on pourrait alors dire que «  la montagne aussi rend intelligent ».

Il est certain que les difficultés à surmonter dans tous les domaines requièrent des trésors de patience et d’ingéniosité autant qu’une vigilante et rigoureuse transmission des savoirs et des acquis. Le propos de cette présentation est d’en donner un aperçu aussi large que possible afin de rappeler à une époque, affranchie en pratique de bien des obstacles érigés par son environnement naturel, le talent et l’imagination des générations antérieures. Il s’agissait pour elles de perpétuer l’existence des sociétés en garantissant leurs ressources, de connaître le milieu afin de l’apprivoiser, d’enrichir l’expérience en vue de léguer une maîtrise approfondie des conditions de la vie en montagne.

 
Charles Gaidon venant faire boire son troupeau à une source proche
de son étable sur la route d'Auron, 1937. Coll. Musée Dauphinois.

II/ Quitter la montagne

L’agriculture de montagne du fait du relief et des conditions climatiques extrêmes nécessite de nombreux bras pendant une courte saison. De mai à octobre chaque exploitation doit labourer, semer, moissonner, entretenir les canaux d’arrosage, les chemins, les murs de soutènement, épierrer les parcelles, faucher les foins, engranger les récoltes, s’occuper des bêtes. L’adage est formel « Quatre mois d’enfer, huit mois d’hiver » !

L’hiver venu, le nombre important de bouches à nourrir, la nature du pays,  pauvre, dur, ingrat, et la faiblesse relative des productions poussent sur les routes les hommes en quête d’aventures et d’enrichissement et certains bergers pour assurer la subsistance de leur troupeau.

La marche est loin de rebuter les montagnards ! C’est le moyen de déplacement par excellence, le plus courant et le plus économique.  Pour commercer au-delà des frontières, colporteurs et négociants qui franchissent les grands cols alpins bénéficient d’assistance, mais ce n’est pas sans risque, lorsque des avalanches dévalent. Les moins téméraires profitent de l’amélioration des routes et du développement des réseaux ferrés pour faciliter leur départ.


LA VIE MODERNE, des Chasseurs alpins au tourisme

III/ L’armée investit la montagne


Anciennement les armées n’entraient en campagne qu’à la saison propice et mettaient un terme provisoire à leurs évolutions au seuil de la période hivernale. L’entrainement et l’équipement des troupes ne permettaient donc pas de stationnement prolongé en montagne.

Pour faire face à des opérations militaires se déroulant en large part dans les Alpes les puissances concernées organisent alors des troupes de montagne spécialement formées : les « chasseurs ».

L’évolution politique de l’Europe conduit la France à se doter, à son tour, de douze bataillons de chasseurs alpins pour veiller sur la frontière franco-italienne. Sept d’entre eux sont basés dans les Alpes-Maritimes et Nice devient une place de Premier Ordre. Rapidement les hautes vallées et les massifs sont investis par l’armée grâce à des camps d’altitude, des bases d’entrainement et de véritables places militaires installées sur les passages conduisant aux principaux cols.

L’aguerrissement de ces troupes passe par une parfaite connaissance du milieu montagnard. Les moyens de déplacement et de communication y font aussi l’objet de recherches et d’apprentissages particulièrement approfondis.

IV/ Le tourisme à la conquête des champs de neige

À l’impulsion du Club Alpin Français, sportifs et hivernants mondains découvrent les bienfaits de l’effort physique et la salubrité du climat montagnard. Aux excursions estivales succèdent les premières excursions hivernales en compagnie des Chasseurs alpins. Au début du XXe siècle, les premières stations d’hiver de Peira-Cava, Beuil et Thorenc voient le jour et drainent une clientèle aisée pour assister aux événements et aux concours de ski, de luge, de patinage. Routes, voies ferrées et lignes de tramways, contribuent à cet essor. Les succès de la route d’hiver et du train des neiges en témoignent.
 
L’économie montagnarde entame une mutation, qui profite peu aux Alpins, bien que certains tirent leur épingle du jeu. La plupart ne disposent pas des ressources, ni des savoir-faire indispensables. Le développement des stations d’altitude fait appel à des capitaux extérieurs. Les montagnards fournissent la main-d’œuvre indispensable à la réalisation des projets immobiliers ainsi qu’à l’aménagement et à l’entretien des remontées mécaniques. Ils assurent en outre tous les services nécessaires au bon fonctionnement de la station durant la période hivernale. L’émigration saisonnière n’est plus nécessaire. L’argent que l’on allait autrefois chercher à la ville est désormais apporté par les citadins à l’occasion de leurs séjours : culturellement il s’agit bien d’une inversion des flux monétaires, plus que d’une réelle évolution interne du modèle économique.
 
 
 
Le monte-pente ou télé-luge du Sapet à Valberg, première
remontée mécanique des Alpes-Maritimes (c1935). Coll. G. Boulay.
 

 

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