La Route des Grandes Alpes

 

 

En ce début du XXe siècle, les Alpes françaises ne sont déjà plus réservées aux seuls montagnards. Dès la fin du XIXe siècle, l’armée a tracé de nombreuses routes stratégiques. Ces travaux, destinés à faire face à une Italie impliquée aux côtés de l’Allemagne et de l’Autriche-Hongrie dans la Triple Alliance (1882), ouvrent les Alpes à la conquête de l’automobile. En 1904, l’itinéraire d’un concours « d’alpinisme automobile » préfigure les ambitions du Touring-Club de France. Il relie Aix-les-Bains et Annecy à Grenoble par une boucle au col de Vars et en vallée de l’Ubaye.

La Route des Alpes

Le Touring-Club de France rêve d’une route «qui côtoiera les glaciers et les précipices, sinuera le long des champs de neige et surprendra les torrents à leur source ». Son ambition, sans limite pour promouvoir le tourisme et valoriser les beautés naturelles de l’hexagone va s’épanouir au travers d’un projet titanesque : la Route des Alpes.

615 kilomètres du lac de Genève à la mer – 10675 mètres d’altitude cumulée – huit cols. Cette voie est l’expression d’un patriotisme exacerbé : Plus haute que celle grimpant au Col de Stelvio (2759 m.) au Tyrol, plus belle que les routes postales suisses. Il s’agit de relier les deux plus grandes capitales du tourisme d’été et d’hiver que sont Evian à Nice par les cols en effleurant les glaciers du Mont-Blanc : « la plus belle route de montagne du monde, entre le plus grand lac d’Europe occidentale et la mer Méditerranée» affirmait Léon AuscherRaymond Poincaré

Dès 1904, Léon Auscher, commence à étudier le projet de la Route des Alpes. Fort de ses appuis politiques, il obtient le soutien du Ministère des Travaux Publics. En 1906, on annonce le classement national de la Route nationale des Alpes allant de Thonon à Nice, bien que les travaux ne soient pas engagés. « Qu’est ce que 4 millions pour mettre fin à l’isolement des massifs de la Vanoise et de la Tarentaise et offrir aux régions déshéritées une manne que seuls le tourisme et les voies de communication modernes peuvent apporter ?» Pour lever toutes les entraves, le Touring-Club contribue à part égale avec l’Etat, à la quote-part du département des Hautes-Alpes. La Compagnie Paris-Lyon-Méditerranée qui s’efforce de se soustraire aux charges de construction et d’exploitation de lignes alpines de chemin de fer promises à de lourds déficits, décide d’assurer un service d’autocars sur la Route avec trois concessionnaires. Parallèlement elle lance une campagne publicitaire avec en point d’orgue un voyage inaugural au départ de Nice le 3 juillet 1911.Ce voyage anticipe les votes de la Chambre des Députés et du Sénat (1912). Les passages par les cols de la Croix de Fer (1912) de la Cayolle (1914) et de l'Iseran (1937) sont reportés à plus tard. Le succès est au rendez-vous : 15.452 voyageurs transportés du 1er juillet au 15 septembre 1911.En août 1914, l’inauguration solennelle par le Président de la République Raymond Poincaré n’a pas lieu à cause de la déclaration de guerre.

Le rôle de l'Armée

 

Chasseurs Alpins au Villard l'Abbas, musée de la ValléeDe nombreuses routes alpines ont, à l’origine, une fonction militaire. Leur apparition est indissociable des relations diplomatiques entre la France et l’Italie.En 1882, l’Italie adhère à la Triple Alliance. Cet accord défensif, impose à la France la défense d’une frontière supplémentaire. En 1888, une convention italo-allemande, prévoit, en cas de guerre, le déploiement des forces italiennes sur les Alpes. La frontière se militarise. De part et d’autre, on hérisse des fortifications. L’Italie y affecte 45.000 « alpini », la France 12 bataillons de chasseurs à pied.
L’état-major français dote la frontière d’un réseau routier au plus près de la ligne de crête afin de relier ses forteresses et acheminer rapidement du matériel militaire lourd. Les communications de fond de vallée sont assurées par le chemin de fer. On doit ainsi au général Baron Henri Berge les routes du sommet Bucher ; du col de Vars (1893) ; du col de l’Izoard (1897) et du col de la Cayolle (1914) en retrait par rapport au col Restefond plus vulnérable en cas d’invasion. Le Génie s’occupe de la construction des voies, les Ponts et Chaussées des ouvrages d’art.

La Compagnie P.L.M. s’engage à assurer les liaisons inter-vallées par des autocars qui, en cas de nécessité, pourront être réquisitionnés. Elle s’associe au Touring-Club de France pour valoriser l’itinéraire dont l’intérêt est autant militaire que touristique. C’est ainsi que naît la route des Alpes.

La Belle Epoque

La compagnie P.L.M. relance l’engouement avec une campagne de publicité réalisée  par des graphistes comme Robert Broders ou Lacaze et un voyage promotionnel pour la presse et les agences de tourisme anglaises. Dans les années 1930 plus de 25.000 personnes font chaque année le trajet de Nice à Thonon avec les fameux cars décapotables Berliet bien que de nouveaux constructeurs équipent désormais les services de navettes. Parmi eux les cars de la marque Delahaye sont les plus prisés. Nice-Chamonix peut s'effectuer désormais en un jour et demi. Deux projets d’envergure sont portés à bout de bras par le Touring-Club de France (T.C.F.) et les élus locaux:

le col du Bonhomme

En 1922, le T.C.F. construit un chalet en haut du col du Bonhomme. Après des années d’insistance, la Chambre vote en 1930 l'inscription de ce col au plan d'équipement national. L’armée ayant levé son veto, certaines personnes très entreprenantes anticipent le chantier, comptant profiter de l'aubaine. C’est sans prendre en compte l’accentuation des tensions avec l’Italie fasciste. En 1934, le projet est abandonné…

 

Le col de l’Iseran

Le 13 septembre 1934, Antoine Borrel atteint le col de l’Iseran en automobile par la Tarentaise. Les travaux poussés permettent alors d’escompter une ouverture pour l’été 1935. La route est inaugurée le 10 juillet 1937 par le président de la République Albert Lebrun. « L'histoire voulait qu'elle touche les glaciers, il aura fallu pour son inauguration officielle creuser spécialement un tunnel sous la neige ... »

Chef d'Oeuvre en Péril

Avec la montée du fascisme, la Route retrouve une vocation touristico-stratégique. En 1935, on envisage le projet peu viable d’établir un service d’autocars entre Barcelonnette et la Tinée par Jausiers et le camp des Fourches, parcours où stationnent plusieurs bataillons de chasseurs alpins.


La fréquentation des stations thermales passe de mode et n'est plus assurée que par les séjours qui seront financés par la sécurité sociale. A l'inverse, les stations de ski sont de plus en plus prisées.La SNCF, créée en 1938, absorbe la Compagnie P.L.M. L’automobile et les cars sur de nombreux trajets ont détourné les voyageurs du train. On fait de moins en moins la promotion des voyages organisés sur la Route des Alpes qui décline face à la montée en puissance de « la Route d’Hiver » (1923) et de sa variante « la Route Napoléon » (1932) préférées par les autocaristes, car plus rapides.

En 1950, un comité se réunit à Vars, pour relancer la route des cols d’Evian à Nice. On invente un nouveau nom : «La Route des Grandes Alpes » pour contrebalancer celui de Route des Alpes définissant à cette époque « la Route d’Hiver ». Mais sans le soutien des syndicats d’initiative de la Riviera, le projet échoue.
La Route ne sera achevée qu'en 1970, avec l'ouverture de la route du Cormet de Roselend (en remplacement du passage par le col du Bonhomme). Mais il y a bien longtemps que l'engouement pour cette route a disparu.

 

Une Renaissance : La Route des Grandes Alpes

La Route des Grandes Alpes, dans la pensée collective, est en étroite relation avec la nature qui l’environne. C’est une « belle route », où se succèdent  panoramas exceptionnels au cœur d’une nature préservée. En cela, elle répond aux objectifs du Touring-Club de France et  de l’Association Grande Traversée des Alpes : «  Offrir les Alpes à l’admiration des touristes du monde entier ». 

Bien que référencée et matérialisée, cette Route touristique n’est pas encore considérée par la majorité de ses usagers comme une route historique à l’image de la Route Napoléon. La multiplication des variantes et sa renaissance en 1994 y sont peut-être pour quelques choses. Son Centenaire devrait inverser la tendance. Si la Route permet de vaincre temporairement l’isolement, elle ne génère que des relations brèves et éphémères. Peu s’en écartent et la découverte du patrimoine culturel des terroirs parcourus n’est pas une priorité pour tous. Elle est un prétexte :

  • Certains « routards » y expriment « leur goût de la route en mangeant des kilomètres ». Sinuosités et paysages se conjuguent à toutes les vitesses et sous toutes les formes (voitures de collections, cabriolets, motos, camping-car…)
  • d’autres sur les traces des inventeurs du cyclotourisme et du Tour de France y font des performances … Quoiqu’il en soit tout le monde si retrouve en bonne intelligence. Cette invitation à l’itinérance est un projet fédérateur regroupant 2 régions alpines, 5 départements et plusieurs Offices de Tourisme. Il est destiné à :   
    • Renforcer l’identité du massif alpin tout en valorisant son patrimoine naturel et culturel ;
    • Développer la capacité économique du massif en donnant une lisibilité à l’offre touristique ;
    • Favoriser l’insertion du massif dans les grands courants d’échanges qui le traverse.

    Philippe Thomassin

 

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