Histoire du Pays de la Roudoule

Le Moyen-Âge

En 1112, Douce, descendante de Guillaume le Libérateur épouse Raymond Bérenger III, Comte de Catalogne. La Provence devient catalane jusqu'en 1245. C'est également par mariage que la Provence passe sous l'autorité des Comtes d'Anjou. L'autorité des Comtes de Provence n'est pas assise. Les Comtes de Castellane et de Glandèves (Entrevaux) refusent de s'y soumettre. En 1262, Charles Ier d'Anjou conquiert finalement la baronnie de Castellane et entreprend l'encerclement de Glandèves. L'implantation des Hospitaliers de Saint Jean de Jérusalem à La Croix y trouve peut-être son origine. Le château de La Croix contrôle un point important de cette opération. De plus, il se trouve sur le chemin qui conduit de Puget-Théniers à Guillaumes. En 1275, Rigaud, est utilisé comme base d'opération, lorsque Charles Ier d'Anjou se voit contraint de donner l'ordre de s'emparer des seigneurs de Beuil, insurgés contre lui. L'installation d'une maison du Temple y est antérieure, la première mention date de 1269. L'installation des templiers n'avait pas ici une vocation militaire. Les donations à l'ordre de Pons de Rigaud, devenu Maître du temple en 1195, en sont probablement la cause. En 1278, Le château de Puget-Théniers, tombe définitivement aux mains du Comte de Provence. Le XIVème siècle est marqué par le règne tumultueux de la reine Jeanne (1326-1382). C'est aussi l'époque de la Grande Peste de 1348 et la Provence est en proie aux mercenaires pillards, les "routiers" que le traité de Brétigny (concluant une paix provisoire dans la guerre de Cent ans) en 1360 a lâchés sur les routes. La reine Jeanne, sans héritier, est assassinée en 1382. Débute alors la guerre de succession de Provence. En 1482, le dernier héritier de la seconde maison d'Anjou n'est autre que Louis XI. La Provence est rattachée à la France.

Un Pays découpé par l'histoire

Reine Jeanne (Chorographie..., H. Bouche, 1664)Malgré quatre mariages, la reine Jeanne (1326-1382) n'a pas d'héritier et adopte successivement deux cousins Charles Duras puis Louis d'Anjou. Mécontent de ce son second choix Charles de Duras, après la prise de Naples emprisonne la Reine et la fait étrangler. C'est le début d'une guerre de succession en Provence. La plupart des communes du futur Comté de Nice avaient opté dans un premier temps pour Charles Duras, mais la guerre de succession les poussent à chercher protection auprès du Comté de Savoie. Ainsi s'opère la "dédition de Nice" à la maison de Savoie en 1388. Puget-Théniers suit l'exemple de Nice et signe son rattachement à la maison de Savoie, alors que la vallée de la Roudoule choisit la Provence et reste sous le contrôle de la dynastie Angevine. La Roudoule devient une frontière qui se maintiendra jusqu'en 1760. La Vallée isolée se tourne vers Entrevaux et Guillaumes, restés provençaux. Le dernier représentant de la maison d'Anjou Charles III fait de Louis XI, Roi de France, son héritier. En 1482, La Provence, avec la vallée de la Roudoule, est réunie à la France.

En 1760, le Roi de France Louis XV et le Roi du Piémont Sardaigne Charles-Emmanuel III parviennent à un accord permettant la rectification des frontières. Elle est faite de façon transactionnelle et les populations ne sont pas consultées. Le traité sera signé à Turin le 24 mars 1760. L'article 10 cite les communes cédées à la France : Aiglun, Roquesteron, Conségudes, les Ferres, Bouyon, Dosfraires et Gattières et celles qui reviennent au Comté de Nice : Guillaumes, Daluis, Saint-Léger, La Croix-sur-Roudoule, Auvare, Puget-Rostang, La Penne, Saint-Pierre, Cuébris et Saint-Antonin. Les gens du pays continuent à parler le provençal. Le Roi de Piémont-Sardaigne les autorise à continuer à utiliser le français. Les actes notariés en langue sarde portent la mention "lu et expliqué en langue locale". En 1792, les troupes et l'administration sardes se retirent devant l'avancée des troupes révolutionnaires françaises. Les limites de la frontière sont repoussées le 4 février 1793, date de la création du 85ème Département. La lutte avec les troupes sardes n'est pourtant pas terminée, ce n'est qu'en 1796 que le Roi de Piémont-Sardaigne renonce par traité au Comté de Nice. L'épisode français s'achève avec la chute de l'Empire le 31 mai 1814. L'Etat sarde reprend ses droits jusqu'en 1860.

L'unité italienne commencée en 1848 a besoin de l'aide de la France. En 1859, Cavour, président du Conseil piémontais se rapproche de l'Empereur Napoléon III. Celui-ci s'engage à fournir des troupes et de l'aide au Piémont pour chasser les Autrichiens. La France recevra en compensation la Savoie et le Comté de Nice sans les villages de Tende, La Brigue (territoire de chasse du Roi Victor-Emmanuel II) Le traité doit être ratifié par la population. Le "OUI" du Rattachement à la France est voté à l'unanimité par les votants de Puget-Théniers, La Croix-sur-Roudoule, Saint-Léger.

La Révolution et l'Empire

Le Comté de Nice, sous domination sarde, ne réagit guère à la chute de la Bastille. Les aristocrates déchus affluent à Nice et en Provence on s'alarme de cette population que l'on soupçonne de projets contre-révolutionnaires. La jeune République essaie de négocier un accord avec le Piemont-Sardaigne, à la veille de la déclaration de guerre contre l'Autriche-Hongrie que l'Assemblée Législative décrète le 20 avril 1792. Cette tentative diplomatique échoue. Dès lors tout s'enchaîne, le 13 septembre 1792, le commandant en chef des armées du midi, Montesquiou s'apprête à envahir la Savoie. Il donne l'ordre au lieutenant général Anselme avec 10.000 hommes de franchir le Var et, avec le soutien de la flotte française qui a fait forte impression, celui-ci prend Nice le 29 septembre alors que les troupes sardes trompées sur l'effectif des troupes françaises refluent sur Sospel. Le 18 octobre, c'est au tour de la ville de Puget-Théniers "d'être libérée". Le 31 janvier 1793, la Convention décrète que le Comté de Nice devient partie intégrante de République Française. Puget-Théniers devient chef lieu de district. La lutte avec les troupes sardes ne s'achèvera pourtant qu'en mai 1794 avec la prise du col de Tende. Le 15 mai 1796 Le Roi de Piémont-Sardaigne renonce par le traité de Paris au Comté de Nice. Les villages de la Roudoule apporteront leur lourde contribution à la Révolution et l'Empire. Le 6 germinal an IV (fin mars 1796), les habitants d'Auvare demandent à la municipalité de payer leur contribution en assignats et non pour moitié en argent et en grain. La récolte a été très mauvaise et certains habitants n'ont pas suffisamment de grains pour subsister jusqu'à la fois prochaine. Le 16 avril 1812, le maire de La Croix décrit dans une lettre, adressé au Préfet, la misère des habitants et implore son secours. " Sur les 400 âmes dont cette population est composée cent individus continuent à manger du pain en famille, cent ont cessé depuis quelques temps d'en cuire et les deux cents restants n'ont plus paîtri depuis six mois." Le 30 mai 1814, l'épisode français s'achève avec la chute de Napoléon Ier. Le Comté de Nice est de nouveau rattaché au royaume de Piémont-Sardaigne sous le règne très conservateur de Victor Emmanuel Ier dont le programme se résume suivant sa formule "Tout comme avant !..." La première dépense imposée à la commune d'Auvare à l'automne 1814 est à cet égard significative : "21 livres, 18 sols et 6 deniers pour la dépense faite à l'occasion de la venue d'un détachement pour faire arracher l'arbre de la liberté". Signe du temps en arrachant l'arbre on croit extirper les racines du républicanisme.

Les Grands Travaux Routiers

Gorge de Daluis, vers 1940Au début du XIXème siècle, l'état des chemins est déplorable comme en témoigne le rapport de l'ingénieur par intérim des Alpes-Maritimes Sauclière : "Le chemin de Nice à Barcelonnette, par le Puget-Théniers et Entrevaux n'a généralement que 70 cm de largeur (...) En outre il est établi depuis Gilette jusqu'au Puget sur des flancs de montagnes rocailleuses et sablonneuses, qui n'ont aucunes subsistances, au point que dans les grandes pluies, qui sont fréquentes en ce pays, des parties de chemin disparaissent sous les éboulis qu'entraînent les eaux de la cime des montagnes, et les habitants sont obligés d'aller les retracer(...)"

Les travaux de construction d'une route carrossable le long du Var entre Nice et Levens ne démarrent qu'en 1827 et les gorges de la Mescla ne sont franchies qu'en 1859. Le Rattachement du Comté de Nice à la France, incite l'Etat à désenclaver la région en lançant une politique de grands travaux. L'état major sarde n'y avait pas été favorable auparavant, afin d'éviter des déplacements de troupes trop rapides. En 1870, la Route Impériale 207 arrive à Puget-Théniers. En 1873, Entrevaux est atteint, achevant la route Nice-Digne, la section reliant la citadelle à Digne existant déjà. En 1883, les gorges du Daluis sont percées à coups de dynamite et le tracé reliant Puget-Théniers à Guillaumes par le col de Roua est progressivement délaissé.

Un contexte général de dépopulation amorcé depuis le milieu du XIXe siècle

Habitants de Puget-Rostang, 1917Depuis le début du siècle, alors que la population du département doublait, on enregistrait un fort courant de dépopulation dans le moyen et haut pays niçois. L'évolution démographique s'est soldée en 1968 par une diminution d'au moins 50 % par rapport au recensement de 1906. Puget-Rostang passe de 129 habitants en 1906 à 19 en 1962, Rigaud de 449 à 26 habitants aux mêmes dates. Déjà en 1886, la fermeture de la mine entraîna l'exode à La Croix-sur-Roudoule. L'extension du réseau routier et l'exploitation des voies ferrées provoquent le drainage d'une partie de la population essentiellement vers les agglomérations du littoral. Le mouvement va se précipiter jusqu'au lendemain de la première guerre mondiale. Des familles entières qui voient le rapport de leur exploitation rurale diminuer, par la disparition du chef de famille et d'un ou plusieurs enfants, vont partir. En 1926, du fait de la dépopulation Puget-Théniers perd son statut de sous-préfecture. Après la Seconde guerre mondiale, le mouvement s'amplifie, c'est la désaffection progressive de l'agriculture en terrasse qui ne peut se mécaniser et dont la rentabilité est devenue trop aléatoire.

1963 : Le printemps du renouveau

Association Les Amis de la Roudoule, 1966A Pâques 1963, les frères Maurin décident de revenir au village. " Peut-être parce que notre courte expérience de la vie citadine ne nous a pas entièrement satisfaits, mais surtout parce que voyant Puget-Rostang se dépeupler petit à petit, et considérant d'autre part les nouvelles techniques, les nouvelles possibilités que le progrès et la vie moderne mettent à notre disposition, nous pensons qu'il doit être possible de vivre aussi décemment à Puget-Rostang que nous l'aurions fait à Nice ou à Grenoble". Dans un premier temps la démarche est familiale, mais rapidement une dynamique se met en place. En 1966, se crée l'Association des amis de la Roudoule. Elle a pour but d'aider à mieux faire connaître et estimer certains petits villages trop oubliés. Cette association regroupe les communes d'Auvare, La Croix-sur-Roudoule, Puget-Rostang, Rigaud et Saint-Léger. La vocation patrimoniale et identitaire du futur écomusée, comme outil de développement est enclenchée. Vingt ans après, l'Ecomusée du Pays de la Roudoule naît. Son but est toujours de consolider l'image de la vallée et la volonté d'y vivre de ses habitants anciens et nouveaux. Aujourd'hui le village de Puget-Rostang compte 108 habitants.

 

Pour en savoir plus : Histoire du Pays de la Roudoule, écomusée du Pays de la Roudoule, Puget-Rostang, 1994.