PERSONNALITES HISTORIQUES

 

Abbé Jean-Pierre Papon / Auguste BlanquiJean-Dominique Blanqui / Alexandre Baréty / Zoé David / Miss Pell

 

Le Général Gaspard Corporandy

Gaspard Corporandy d'Auvare naquit le 1er juin 1722 à La Croix-sur-Roudoule. En 1745, il entre comme volontaire dans le corps du génie français. Il reçoit le baptême du feu en Italie, durant la guerre de Succession d'Autriche. Il est blessé à la tête par un éclat de bombe au siège du château de "Casal".

Dès 1750, il remplit officiellement les fonctions d'ingénieur militaire. Gaspard Corporandy d'Auvare fortifie des places de guerres, dresse des projets de siège, donne un avis sur les plans de campagne. Il suit de près les opérations, veillant à l'ouverture des tranchées, à l'installation des batteries... Son état de service mentionne en 1769, lors d'une campagne en Corse "attaque et construction des redoutes sous le feu de l'ennemi". Son expérience lui fit gravir tous les échelons. Il s'occupa particulièrement des fortifications de la région du Rhin et de la Corse. Les commandants en chef d'armée se plurent à l'appeler "le sage d'Auvare".

En 1770, Louis XV le récompense de ses mérites en le nommant Chevalier de Saint Louis.

Au Printemps 1791 il prend sa retraite comme Maréchal de camp à La Croix. Mais il ne peut rester sur une terre étrangère dont le souverain menace d'entrer dans la coalition contre la France. Il se retire dans la cité voisine d'Entrevaux. Il eut l'occasion d'illustrer sa sagesse à dans cette cité devenue en 1792 une ville de garnison républicaine. Dans la nuit du 17 au 18 janvier 1792, la patrouille commandée par les officiers municipaux voulut sévir contre des sous-officiers des volontaires qui faisaient un "affreux vacarme" dans un cabaret. Une rixe s'ensuivit. D’autres volontaires accoururent en criant aux armes. La patrouille se barricada dans la maison commune alors que les volontaires se disposMaison du général Corporandy D'Auvare, La Croix-sur-Roudouleaient à prendre d'assaut la mairie et à mettre le feu aux maisons. L’intervention du citoyen d'Auvare arrêta l'émeute et ramena le calme. Les soldats rentrèrent à la caserne et déposèrent les armes. Le maire donna sa démission puis émigra.

Il est rappelé au service de l'armée à l'âge de 71 ans, "c'est dans ces moments de crises, que des hommes de talent se doivent à la patrie". il  est affecté comme général de division et conseiller technique à l'état-major général de l'armée des Pyrénées-Orientales de mai 1793 à août 1795, date de la de la paix avec l'Espagne. D'Auvare rentra dans sa retraite et finit ses jours, dans le même lieu qui l'avait vu naître, le 1er mai 1804.

 

L'Abbé Jean-Pierre Papon, "historiographe de la Provence"

Jean-Pierre Papon voit le jour à Puget-Théniers le 23 janvier 1734. Après des études débutées à Nice, puis poursuivies à Turin pour apprendre la philosophie, il rentre dans la congrégation de l’Oratoire à Aix-en-Provence à l’âge de 18 ans en 1752. devenu professeur, il enseigne successivement à Marseille, Riom, Nantes et Lyon…C’est durant cette période qu’il rédige  « L’art du poète et de l’orateur » qui sera réédité cinq fois jusqu’en 1811.

En 1780, il remplit avec succès une mission diplomatique à Turin avant d’être nommé conservateur de la bibliothèque de Marseille. Il y achève son œuvre débutée dans les années 1770 : « l'Histoire Générale de Provence ». La protection qu’il acquiert du Comte de Provence, frère de Louis XVI, lui permet de réaliser cette oeuvre monumentale et l’un des premiers guide de découverte touristique : le « Voyage littéraire en Provence ».

Il quitte l’Oratoire en 1784 et réside à Paris. La Révolution le prive des fruits de ses travaux et des bienfaits qu'il tenait de l'Ancien Régime. Il se réfugie dans le Puy-de-Dôme après les massacres de septembre 1792, et ne revint dans la capitale que du temps du Directoire. Il mettait la dernière main à l'Histoire de la Révolution qui va jusqu'au 18 brumaire (8 novembre), lorsque le 15 janvier 1803 une attaque d'apoplexie l'enlève subitement aux lettres et à ses amis.  Cet ouvrage sera publié par son frère Sylvestre-Antoine également oratorien auquel on doit le « Voyage dans les Alpes-Maritimes » publié en 1804. 

 

Auguste Blanqui

Louis Auguste Blanqui est né le 8 février 1805 à Puget-Théniers où son père, Jean Dominique, est sous préfet. La chute de Napoléon entraînant la disparition de la sous préfecture, Auguste quitte alors les Alpes Maritimes pour rejoindre ses parents en Eure et Loir au château de Grandmont que sa mère vient d’hériter. A son arrivé, une partie du domaine est occupée par un Etat major prussien. Il en gardera une haine farouche contre les Prussiens.

A 13 ans, il quitte ses parents et se rend à Paris où il retrouve son frère aîné Adolphe. Inscrit d’abord à l’institution où ce dernier enseigne puis au lycée Charlemagne il poursuit de brillantes études. Il a 17 ans lorsque survient un événement qui marquera toute sa vie. Toujours étudiant, il assiste à l’exécution de 4 sergents de La Rochelle condamnés à mort pour « complot contre l’Etat ». Ce jour là, il se jurera de tout faire pour les venger.
En 1828, en compagnie d’un ami, il quitte Paris pour rejoindre Toulon et de là s’embarquer pour la Grèce dans l’intention de combattre la « tyrannie ». En chemin, il décide de revoir Puget-Théniers. Mais arrivé dans son village natal, il est vite inquiété par la police, transféré à Nice et emprisonné quelques heures. Libéré, il change de destination, part pour l’Espagne puis rentre à Paris en août 1829.

Après une vie de lutte acharnée et de nombreux emprisonnements, il meurt à Paris le 1 janvier 1881. Il sera inhumé au Père Lachaise accompagné d’une foule de 150 à 200.000 personnes.

Pour brosser un portrait de Blanqui, on peut dire qu’il a été à la fois « l’insurgé, le républicain, le patriote, l’écrivain , l’homme qui a fait peur et surtout l’enfermé.

L’insurgé.

A la fois, penseur, et homme d’action. Dès la fin de ses études, en 1824, il adhère à la société secrète des « Carbonari » et participe à toutes les manifestations estudiantines contre le Régime. En 1827, monté sur les barricades, il est blessé deux fois par des coups de sabre, une troisième fois par une balle de fusil qui lui laissera une cicatrice au cou.
Le 12 mai 1839, à la tête de la « Société des Saisons » qu’il a créée, il juge que le temps est venu de renverser Louis-Philippe. Il lance une attaque contre le poste de police du Palais de Justice afin de s ‘emparer des fusils, pour occuper la Préfecture et l’Hôtel de Ville. Après un repli vers le quartier Saint Martin, il parvient à s’enfuir tandis que son ami Barbès reste grièvement blessé, sur le pavé. Il sera condamné à mort, peine commuée en détention à vie.

Le 15 mai 1848, au cours d’une manifestation organisée afin d’obtenir l’envoi d’aide en Pologne où l’on se bat pour la liberté, il est forcé par la foule, à prendre la parole. Le mouvement dégénérant, il tente en vain de calmer les esprits. La troupe intervenant, il s’enfuit. Il est traqué durant une quinzaine de jours. Dénoncé il est arrêté.
Le 14 août 1870, à la tête de son groupe de Blanquistes, il veut abattre le régime impérial qu’il estime affaibli par ses défaites militaires contre l’armée prussienne. Il faut des armes, il dirige l’assaut contre une caserne de pompiers. La troupe intervient et c’est encore l’échec.
Un mois plus tard, lors des manifestations du 31 octobre, la foule refuse l’Armistice signée par le Gouvernement de Défense nationale. L’Hôtel de ville est envahi. Un nouveau Gouvernement provisoire est formé par acclamation, Blanqui y figure. Il est appelé à venir sur place. La troupe régulière intervient pour disperser les manifestants et une fois encore c’est l’échec.

Le républicain.

C’est principalement en 1848, qu’il va se révéler Républicain. Quand la révolution éclate, en février 1848, il est toujours emprisonné à Blois, où il a refusé la grâce royale qui lui avait été accordée. A la proclamation de la République, le 24 février 1848, il est libéré et dès le lendemain il arrive à Paris. Mais le gouvernement provisoire mis en place par Lamartine ne correspond pas à ses attentes. L’adoption du drapeau rouge, comme emblème national, est refusé. Il estime que les élections prévues sont programmées avec un délai trop court et qu’il n’aura pas le temps d’expliquer sa politique : il veut une « république sociale » où chacun aurait un rôle.

Le patriote.

En 1870, l’Empire agonise. L’armée est battue et Napoléon III fait prisonnier à Sedan. La IIIème République est proclamée le 4 septembre. Le gouvernement de Défense nationale souhaite l’Armistice. Blanqui s’oppose. Il utilise deux moyens pour répandre ses idées : des discours prononcés devant un club qu’il a formé et surtout un journal qu’il édite « La Patrie en danger ». Ce journal paraît quotidiennement de septembre à décembre pour défendre l’action du Gouvernement de Défense Nationale.
Il réclame sans arrêt des armes, des canons, des fusils et des hommes. Il veut continuer la lutte contre la Prusse. Il affirme même que si le gouvernement ne répond pas aux attentes du peuple, il faudra écarter ceux qui rendent la défense impossible. C’est ce que le peuple de Paris va essayer de faire sans succès le 31 octobre 1870.

L’écrivain.

Tout au long de sa vie, Blanqui a écrit. Régulièrement, il publiait des « proclamations ». Une des plus importantes est sans doute « Instruction pour une prise d’armes » dans laquelle, il décrit dans les moindres détails comment il conçoit la bataille de rues, l’organisation de l’armée, la façon de réaliser les barricades et où les placer. Il sera également le rédacteur de plusieurs journaux : « Candide », « La patrie en danger », « Ni Dieu ni Maître ». Il publiera un essai « Eternité par les astres ».

L’homme qui fait peur. Tout au long de sa vie, Blanqui a fait peur à tous les Régimes, depuis les monarchies de Charles X et de Louis Philippe jusqu’à la IIIème République. C’est surtout sous la IIème République qu’il fera le plus peur. Dès la mise en place du Gouvernement Provisoire qui suit les « Trois Glorieuses », il est considéré comme un homme à abattre. Tout est mis en œuvre pour y parvenir. C’est ainsi que le 31 mars 1848, la « Revue rétrospective » sort en librairie. Elle contient un article appelé le « document Taschereau ». Ce texte est intitulé « Déclaration faite par *** devant le Ministre de l’Intérieur ». Certains le considèrent comme un faux réalisé par la police dans le but de détruire Blanqui et d’autres le trouvent parfaitement plausible. Il n’est pas signé mais à sa lecture on pense immédiatement que Blanqui en est l’auteur. Il relate des déclarations faites en 1839. On y décrit le fonctionnement de la Société des Saisons, ses buts et ses moyens, le nom de tous les responsables. Désormais, Barbès qui avait participé à la création de cette société secrète considèrera Blanqui comme un traître et deviendra son pire ennemi. Lors des élections à Bordeaux où Blanqui sera candidat à la députation, on agitera toujours ce document.

L’enfermé.

C’est certainement sous ce qualificatif que Blanqui est le plus connu.
Dans sa préface du livre « Blanqui l’Enfermé » de Gustave Geffroy, Julien Cain (membre de l’Institut) rapporte que Blanqui a passé: plus de trente quatre ans en prison sans compter les années d’exil, de surveillance policière et de résidence forcée.
IMG 2 : Auguste Blanqui, Fresque de Dussour, 1967. Salle des délibérations de Puget-Théniers, actuelle Médiathèque.
Parmi la longue liste des prisons de Blanqui nous citerons :

  • le Mont Saint Michel. Pour son action du 12 mai 1839. il arrêté le 13 octobre et condamné à mort en janvier 1840. Cette peine sera commuée en réclusion à vie par le Roi Louis-Philippe. Début de 1841, l’annonce du décès de sa femme et la dureté des conditions de vie de cette prison le décident à s’évader. Aidé par sa mère, la tentative a lieu le 10 février 1842. Elle échoue. Le 18 mars 1844, gravement malade, il est transféré à Tours jusqu’à la Révolution de 1848.
  • Belle Ile en Mer. Après la journée du 15 mai 1848, il est amené à Bourges en mars 1849. Il comparaît devant la Haute Cour de Justice. Les débats très houleux vont se résumer à une lutte verbale entre Barbès et Blanqui Le premier est condamné à la déportation et Blanqui à 10 ans d’emprisonnement. Tous deux vont se retrouver à Belle-Ile en Mer. L’environnement carcéral épouvantable est rendu encore plus difficile par la cohabitation des deux ennemis. Un nouveau projet d’évasion est mis sur pied. Accompagné d’un ami, il parviendra à sortir de la prison. Mais ils n’iront pas loin car ils vont être dénoncés par un habitant du village chez qui ils avaient trouvé refuge. Repris, ils sont renvoyés en prison. Le 1er décembre 1857, il quitte Belle-Ile car le pénitencier doit être rendu à l’armée. Il est alors conduit, à Corte en Corse où il apprendra en 1858 la mort de sa mère. La victoire de la France à Solferino va lui rendre la liberté, enfin presque car il est déporté à Mascara en Algérie. Amnistié en septembre 1859, il pourra rentrer à Paris.
  • Clairvaux. Pour son action du 31 octobre 1870, il est arrêté sur ordre de Thiers le 17 mars 1871 et incarcéré au fort du Taureau en attendant son procès. Celui-ci aura lieu à Versailles quelques mois plus tard. Il est condamné à la déportation mais étant donné son âge, il sera enfermé à la prison de Clairvaux le 17 septembre 1872. Après plusieurs années de vie carcérale, il tombe de nouveau gravement malade. On va même jusqu’à annoncer sa mort. En réalité, comme par le passé, il se rétablit peu à peu. Son sort a cependant ému l’opinion publique. Clemenceau prend régulièrement la parole en sa faveur. Afin d’obtenir sa libération, ses amis le font élire député de la première circonscription de Bordeaux. Son élection sera invalidée mais le peuple lui est tellement favorable qu’il est gracié par Jules Grévy. Il a alors 74 ans !

Victor Werny

 

 Pour finir l’histoire de cette vie très tourmentée revisitons le monument que Puget-Théniers a érigé à l’un de ses plus célèbres enfants :

Louis Auguste Blanqui
1805-1881
Penseur, polémiste, agitateur révolutionnaire défenseur héroïque du prolétariat
Membre de la Commune de 1871
Il paya de 40 ans d’emprisonnement sa fidélité à la cause sacrée
de l’émancipation des travailleurs.

Contre une classe sans entrailles
Luttant pour le peuple sans pain
Il eut vivant quatre murailles
Mort quatre planches de sapin.
E. Pottier

 

Jean-Dominique Blanqui "père d'Auguste Blanqui et député de la Convention et Sous-Préfet"

Jean-Dominique Blanqui, Dussour, Peinture de la salle des délibérations, Puget-Théniers, 1965.

Deux de ses enfants, Auguste et Adolphe, ont laissé plus de traces dans l’histoire que Jean-Dominique Blanqui. La famille Blanqui est originaire de Touët (l’Escarène). Son père Ludovic est tanneur. Jean-Dominique Blanqui naît à la Trinité-Victor le 23 avril 1754. Il est baptisé le lendemain à Drap par son oncle Nicolas "Blanchi" alors curé de cette paroisse. Avant la Révolution, il est difficile de connaître sa profession. En 1776 un recensement indique qu’il est clerc et réside à la Trinité. Lorsqu’il sera nommé sous-Préfet, il se définira comme manufacturier en cuir et homme de lettres (1). Dans une autre lettre Jean-Dominique Blanqui déclare avoir été professeur de mathématiques et de physique.

Il adhère enthousiaste aux vertus révolutionnaires et compte parmi les membres de la société des « Amis de la Liberté et de l’Egalité » fondée par le général Jacques Bernard d’Anselme et Barras suite à l’entrée du premier dans le Comté de Nice le 29 septembre 1792. Son frère, Pierre-Joseph(2), soutient la monarchie sarde. Rapidement, le gouvernement provisoire de la ville, désigne Jean Dominique Blanqui et Isaac Veillon(3) (un protestant originaire du Canton de Vaud, commerçant en grains et banquier, résidant à Nice depuis 10 ans), comme « députés extraordinaires de la ville et ci-devant Comté de Nice » pour aller demander à la Convention Nationale la réunion du Pays niçois à la République Française(4). Ils sont accueillis à la Convention le 4 novembre 1792.  Jean Dominique Blanqui, en référence aux limites antérieures de la Provence et à la Dédition de Nice (1388) énonce dans sons discours(5) que « Le peuple de Nice a déjà appartenu à la Nation Française », et qu’il « a été arraché à la Nation Française ». Il évoque aussi l’accueil favorable fait par le « tyran du Piémont » aux émigrés français, ces « fugitifs rebelles aux lois de leur patrie », et poursuit : « A la fin, pour comble de perfidie, lorsque les armées françaises se sont présentées pour tirer vengeance de tant de crimes, il [Victor-Amédée III] a lâchement abandonné ce même peuple qu’il avait si iniquement exposé ; il l’a abandonné dans la plus cruelle anarchie, sans tribunaux, sans chefs, sans défense, sans police, sans même l’avertir qu’il l’abandonnait : il l’a renoncé comme on renoncerait des criminels. Eh bien ! Nous le renonçons à notre tour ; nous ne voulons plus de lui ; nous ne voulons plus de roi : nous nous donnons, ou plutôt nous voulons être réunis à la Nation française, à notre ancienne patrie, de laquelle nous avons été séparés par l’attentat de nos tyrans. » Pour conclure le député extraordinaire rappelle que : « Le peuple de Nice ne veut faire qu’un avec le peuple français. Au moment où nous sommes mis en route, nos concitoyens nous ont crié de toutes parts : « Revenez  Français ou ne revenez jamais ! »

Le député Barrère propose que l’on organise un plébiscite car après tout, les deux députés extraordinaires n’expriment que le vœu des administrateurs provisoires du Pays de Nice. Que cela ne tienne, Blanqui fait imprimer à 10.000 exemplaires en français et en italien un manifeste : «adresse au peuple de Nice et de la campagne et de la montagne ». Le plébiscite a lieu le 25 novembre 1792. Son succès débouche le 31 janvier 1793 sur la naissance du 85e département dont le nom Alpes-Maritimes a été proposé par Blanqui.Visionnaire Jean-Dominique Blanqui soutient déjà le projet de canal destiné à amener les eaux de la Vésubie à Nice et propose l’adjonction au département des districts de Grasse et de Saint-Paul nouvellement créés. Ces idées ne seront admises qu’en 1860 (6).

Le 17 avril 1793 Il est confirmé dans ses fonctions en étant élu député des Alpes-Maritimes. Il gagne les bancs des Girondins(7) avec l’avocat niçois Joseph Dabray et l’homme de loi mentonnais Ruffin Massa.

Cependant les luttes intestines entre «Girondins » et «Montagnards » gagnent la Convention. Une pétition demande la destitution de 2 ministres et de 22 députés Girondins. Blanqui se refuse à voter contre et signe le 6 et le 19 juin 1793 avec 72 autres députés des protestations contre ce qu’il considère comme un attentat contre la Convention. Rapidement il est arrêté pour avoir «conspiré contre la liberté et la sûreté du peuple »(8). Il est incarcéré à La Force et connaît l’obsession permanente de la guillotine. Il relate cette période dans un livre : «L’agonie de dix mois(9)».

Prison de la Force, Paris, Marlet, 1821.

Comme le mentionne Ernest Hildelseheimer(10) : « les faiblesses et les lâchetés de l’homme qui souffre, le conduisent à écrire alors au Président de la Convention prétendant "qu'il ignorait le texte de la protestation et qu'on a abusé de sa signature (11)", il écrit aussi à Robespierre "le sauveur de la France" pour lui demander son appui(12)». Gustave Geoffroy se fait l’écho de ses conditions d’incarcération évoquées dans son ouvrage : « Ils respirent l’air des latrines, des baquets communs, des loges à cochons, ils couchent dans des caisses qui ressemblent à des bières, sur des paillasses vermineuses qui bruissent, qui grésillent dans l’obscurité. Ils cohabitent avec des voleurs, des assassins, des faussaires, mangent avec eux, à la même table et à la même gamelle, la morue et le hareng pourris, la viande ou se tortillent les vers, les légumes qui semblent venir du tas d’ordures. Dans les étroites salles voûtées comme des caves, où les pierres de taille suent l’eau glaciale, où trente lits se touchent et se confondent, ils connaissent, la nuit, les réveils en sursaut, le fracas des verrous tirés par de rudes mains, les apparitions dans le cadre de la porte, des ombres des guichetiers ponctuées par la tache d’or triste d’une lanterne, ils  sont brutalisés par les perquisitions, mis en émoi par les appels. Ils n’échappent à la pouillerie et à la gale de la promiscuité, aux fièvres putrides de l’infirmerie qu’aux jours où ils changent de logis(13) ».Sophie Brière de Brionville L’histoire romanesque contée par Gustave Geoffroy dans l’Enfermé veut qu’il (que Jean-Dominique ) tombe amoureux de la jeune nièce de Mme de Brionville Sophie (12 ans) qui lui rend régulièrement visite en prison déguisée en garçon(14). Il en avait fait la connaissance, avant son emprisonnement, lorsqu’il habitait la pension de Mme de Brionville(15). Libéré(16), et élu au Conseil des Cinq-Cents, il devra attendre la fin 1796(17)  pour épouser Sophie (18) qui vient d’atteindre l’âge légal de 16 ans. Il a alors 38 ans. Il regagne Nice en avril 1797 et reprend ses activités de manufacturier en cuir. L’année suivante naît Adolphe(19) promis à une brillante carrière d’économiste. Jean Dominique ne démérite pas pour obtenir un poste et soutient le coup d’Etat de Brumaire.

Il obtient celui Juge au Tribunal du département des Alpes-Maritimes et reçoit en même temps une proposition de nomination comme sous-Préfet (20). Le 10 juin 1800, (21) il est nommé par le Premier Consul sous-Préfet de l’arrondissement de Puget-Théniers. Comme l’explique Henri Courrière (22) ce poste n’est pas une sinécure : « Les populations éloignées depuis longtemps de tout pouvoir central et habituées à une certaine autonomie s’opposent au système administratif français. » Jean-Dominique assume sa charge durant 14 ans :

  • Sous-Préfecture, maison Silvi, ed. Gilletta

    Tantôt arbitre : Ainsi, en 1807, la commune de Puget-Rostang s’adresse au sous-préfet pour réclamer le quartier Audier, que Puget-Théniers revendique également…
  • Tantôt bailleur de fond : En l’an VIII, le maire du canton de Puget-Théniers lui envoie  une pétition demandant des aides pour réparer une partie du pont en bois sur le Var, qui menace ruine. Les Maires de Touët et de Guillaumes auront le même type de revendication plus tard.
  • Tantôt porteur de projet : Pour s’assurer l’aide des communes en journées de travail pour la réalisation de la route Nice Puget-Théniers.
  • Tantôt opiniâtre face aux différentes formes de résistance : La stratégie du silence vise tout d’abord à cacher ses ressources dans le but de payer moins d’impôts (déclaration d’industrie, comptabilité communale, dénombrement…) ou pour ne pas se soumettre à des contraintes administratives jugées trop strictes (règlements relatifs déboisement des forêts, aux épidémies…)(23)
  • Tantôt père de famille débordé : Il se plaint de ses revenus modestes et entre en procès avec Joseph Drogoul au sujet des réparations locatives de la sous-Préfecture…et cela sans compter l’humeur de sa femme qui ne peut se résoudre à la médiocrité de son sort.

Ces conditions difficiles l’incitèrent dès 1805, l’année où naît Auguste (24) à envisager de quitter les Alpes-Maritimes pour l’Eure-et-Loir où réside, à Aulnay, une vieille tante de son épouse(25), qui plus est riche et veuve et qui pourrait lui léguer sa fortune. Lorsqu’il renouvelle sa demande en 1811 il écrit: « j’ose vous supplier, Monsieur le Ministre, de me retirer de ce lieu de supplice et de désolation.»

Préoccupé par sa situation financière, il investit et s’endette en s’obstinant à endiguer le Var pour récupérer des terres alluviales sur lesquelles il fait pousser des plants et des graines venus de Paris. C’est sans compter avec les crues du Var qui deux fois de suite le conduisent à la ruine. A cela, s’ajoute une dernière catastrophe l’abdication de Napoléon le 11 avril 1814 à  Fontainebleau. Le Comté de Nice redevient sarde.

Heureusement, un courrier arrive, il annonce que Sophie hérite du domaine avec château de sa tante à Aulnay. Jean Dominique part seul, car Sophie doit accoucher d’Aglaé le 8 juillet, elle ne quittera la ville qu’au mois d’octobre en compagnie d’Adolphe. Les autres enfants restent à Puget sous la garde d’une vieille tante. Entre-temps, Jean-Dominique doit passer par le tribunal pour récupérer l’héritage convoité également par un co-héritier. Les enfants ne rejoindront le château de Grandmont qu’au printemps de l’année suivante.

Jean-Dominique ne ménage pas ses efforts pour obtenir un poste mais les Bourbons sont peu empressés d’utiliser les services d’un Girondin. Il n’obtient que des lettres de naturalisation en décembre 1814 (26). Sophie dilapide l’héritage et Jean-Dominique ouvre avec Alphonse une école dans le château. Cependant l’instituteur du lieu nommé par décret porte plainte et l’école doit fermer.

Château de Grandmont, Aulnay-sous-Aulnay, 1827Jean-Dominique Blanqui connaît 100 jours de répit avec le retour de l’Aigle et devient sous-Préfet à Marmande dans le Gers (27). La défaite de Waterloo le conduit à retourner à pied et sans le sou à Aulnay. Il retrouve sa famille et sa maison occupée par l’Etat Major d’un régiment de hussards prussiens. Entre 1818-1819, sa femme qui se fait appeler Sophie Blanqui de Brionville se démène pour lui trouver un emploi, mais malgré ses recommandations et sa « modération à toute épreuve dans des circonstances difficiles » il n’arrive pas à retrouver une place dans la vie publique.

Entre cette période à Aulnay où il entretient son potager et ses arbres fruitiers  et sa mort du choléra le 31 mai 1832 à l’âge de 73 ans à Paris, nous ne connaissons pas les aléas de vie de Jean-Dominique Blanqui. Il semble se résoudre à la vie campagnarde jusqu’en 1826-1827 date où Adolphe rachète le domaine. A cette occasion les époux se séparent et Dominique meurt seul à son domicile du 5 rue St Gilles. Dans ses mémoires Adolphe Blanqui (28) dira de son père qu’il « avait l’honneur chevillé au corps, l’honneur selon lui, c’était non seulement  l’amour du bien, mais l’horreur du mal, le mépris pour toutes les choses basses, viles ou honteuses, pour le mensonge et surtout pour le manque de foi ; c’était le respect de soi-même jusque dans les petites choses de l’instinct victorieux de l’honnêteté en présence de toutes les tentations contraires. » Auguste quant lui, déjà célèbre et emprisonné ne pourra assister aux obsèques de son père.

Philippe Thomassin

sources :
1. ADAM – CEM0002 - Joseph, appartenant à un ordre religieux, soutient la monarchie sarde, revient dans la région en 1798 où il est abattu.
3.DEMOUGEOT André – «Un député de Nice à la Convention : Isaac Veillon », dans Nice Historique n°3-4, 1955, p. 73-81.
4.21 octobre 1792.
5. Bibliothèque Municipale de Nice, Rés. 441 Adresses de la ville et ci-devant comté de Nice à la Convention Nationale, présentées le 4 novembre 1792, l’an Ier de la République française
6.VERNOUX Louis (Colonel) – «Le Premier sous-Préfet de Puget-Théniers », dans Nice Historique n°218, 1962, pp. 65-80.
7.Le parti des biens disants et des apitoyés » selon Gustave Geoffroy ou encore le parti des modérés.
8.3 octobre 1793 «décret des 73 » qui conduit à l’arrestation des signataires de la protestation suite au rapport d’Amar.
9.Blanqui Jean-Dominique -  L'agonie de dix mois, Paris, Impr. de F. Porte, an IV, 44.
10.HILDESHEIMER Ernest & LINDEN Louise -  « Blanqui, Jean-Dominique (1757-1832), sous-Préfet », dans Revue du Souvenir Napoléonien, n°305, mai 1979, pp.27-28
11.Lettre du 6 octobre
12.Lettre du 15 novembre
13.GEOFFROY Gustave – L’enfermé, édition Eugène Fasquelle, bibliothèque Charpentier, Paris, 1897, 453 p.
14.Jean-Dominique écrira dans l’Agonie de 10 mois, pp.42-43 : « La patience, la docilité, la complaisance, les prières, le défi, la ruse, tout était employé par elle. »
15.Madame de Brionville ruinée par la Révolution tient dans son domicile rue St Thomas du Louvre une pension et exerce le métier de couturière.
16.Libéré théoriquement à la chute de Robespierre le 9 thermidor (27 juillet 1794), il est transféré à l’Hôtel des Fermes puis à la caserne des Carmes ce n’est que le 19 octobre qu’il fut mis en liberté provisoire et, réintégré à la Convention le 18 décembre 1794.
17.8 octobre 1796
18.Dans ses souvenirs Adolphe en fait le portrait : « L’enfant charmant devint une femme rayonnante de beauté. Ses yeux, d’un bleu clair et limpide, étaient frangés de longs cils ; sa bouche, resplendissante de fraîcheur, était ornée des plus belles dents du monde, et sa chevelure d’un blond soyeux roulait jusqu’à ses pieds en flots opulents, que l’âge blanchis sans les éclaircir. Cette beauté fatale, qui fut pourtant honorée jusqu’au bout par une vertu à toute épreuve a été la principale cause de tous nos malheurs. La distance d’âge rendit mon père jaloux, et ma mère eut le tort de croire qu’une femme pouvait tout se permettre en ménage, pourvu qu’elle fut honnête et vertueuse, et qu’elle jouit d’une réputation sans tâche. Sa vertu nous a coûté plus cher que n’auraient pu faire des vices, et mon père a payé du repos de toute sa vie l’entraînement de la reconnaissance et l’erreur d’une disproportion d’âge dans le choix de sa femme. »
19.4 novembre 1798
20.25 avril 1800
21. 5 floréal an V
22.COURRIERE Henri - Administration, intégration, résistances. Un sous-préfet dans l’arrondissement de Puget-Théniers sous le Consulat et l’Empire, mémoire de maîtrise d’histoire, Université de Nice, 1998.
23.Pour ces trois sujets brièvement abordés on se référa aux travaux d’Henri COURRIERE  - « Les communes et l’Etat dans l’arrière-pays niçois sous le Consulat et l’Empire. L’arrondissement de Puget-Théniers et le sous-préfet Jean Dominique Blanqui », Pays Vésubien, 4-2003, pp. 110-135.
24.février 1805
25.Elisabeth Brière de Brionville, veuve de François Pyot d’Eréville (1735- 18 mai 1814)
26.25 décembre 1814
27.décret du 25.5.1815
28. Gustave Geoffroy dans l’Enfermé précise que les mémoires d'Adolphe Blanqui seraient inachevées et inédites. Elles auraient commencé en 1853 et se seraient interrompues par sa mort. Ce qui laisse une grande interrogation quant à leur réelle existence.

 

Alexandre BarétyAlexandre Baréty

Alexandre, César, Charles Baréty est né le 22 mars 1844 à Puget-Théniers. Il descend d’une vieille famille originaire de Guillaumes. Il fait de brillantes études au Lycée de Nice, couronnées par le Baccalauréat ès-lettres en 1863. Il poursuit ses études à Paris, à la Faculté de Médecine et devient le premier médecin des Alpes-Maritimes  reçu au concours de l’internat des Hôpitaux de Paris en 1869. Lors du siège de Paris en 1870, il est aide major à l’Hôpital Saint-Martin. Il devient docteur en médecine  le 7 août 1874 en soutenant une thèse s’intitulant « De l’adénopathie trachéo-bronchique, en général et en particulier dans la scrofule de la phtisie pulmonaire, précédée de l’étude topographique des ganglions trachéobronchitiques ».

Sa carrière le conduit de 1878 à 1886 a exercé les fonctions :
-  de médecin aide major,
-  de médecin des administrations,
1880, médecin assermenté des fonctionnaires de l’Etat
1892, médecin principal de la Compagnie des Chemins de Fer du Sud de la France.
1896-1900 Administrateur et vice-président des hospices de Nice.

Il est également membre du conseil d’hygiène et de la salubrité du département des Alpes-Maritimes entre 1881-1886 et en devient Vice-Président en 1903. A la même période il intervient dans le projet de construction de l'hôpital de Puget-Théniers achevé en 1906 grâce aux les libéralités de Raphaël Bischoffsheim.

Il entre en politique commme Conseiller municipal de la ville de  Nice de 1878-1881. Puis devient  Conseiller général du canton de Puget-Théniers entre 1880-1900 et enfin Vice-Président du Conseil général du 22 août 1892 au 8 octobre 1900.

Fidèle ami d'Henri Sappia et dépositaire de son héritage culturel on doit à Alexandre Baréty la fondation de l’Acadèmia Nissarda.

 

Zoé David

Zoe David

Première "Maire" femme de France en 1945, élue sans discontinuer dans son village jusqu'en 1983. Zoé DAVID, est née le 12 Janvier 1908.  Après avoir fréquenté l'école de son village de Saint-Léger, elle travaille quelques années dans les hôtels de la Côte, puis revient au village en 1936. Quelques années plus tard, certains proches la mettent en contact avec des Juifs pourchassés à qui on propose de se cacher à Saint Léger, ce petit village au fond d'une route, sans issue à l'époque, est protégé par un pont qu'il n'est pas toujours prudent de franchir. Une vingtaine de Juifs ayant fui Nice lors de la rafle de septembre 1943 ont pu, grâce à celle qui est alors secrétaire de Mairie, être cachés dans les familles du village et ainsi soustraits à la déportation et à une fin tragique. Léon SCHULMAN, un des "hébergés", montera le dossier de reconnaissance et Zoé DAVID sera invitée en Israël en 1991 et reconnue comme Juste. Décorée de la légion d'honneur en 1975, elle s'éteint le 25 Décembre 1994.

 

 

 

 

Isabel Pell (Miss Pell) 

Isabel Pell est née en 1900 à New York. Dans les années 30, très libre, son mode de vie n’est pas accepté par la société américaine. Sous la pression de sa famille, elle quitte les Etats Unis pour s’exiler en France, d’abord à Paris puis à Auribeau sur Siagne où elle vit avec sa compagne la Marquise de Forbin.
Dès le début de la Seconde guerre mondiale, elle se lance dans la Résistance. Découverte par les troupes d’occupation italienne, elle est envoyée en résidence surveillée à Puget-Théniers. Elle y est très vite adoptée par la population qu’elle assiste par de nombreux actes de bienfaisance et à qui elle insuffle un esprit de Résistance. Quand les troupes italiennes quittent le territoire français en 1943, elle retourne à Auribeau où elle poursuit et intensifie ses actions de résistance à l’ennemi.
En 1944, lors du débarquement en Provence, elle se fait enrôler dans l’armée américaine où elle se distingue par son audace.
 En novembre 1944, le Comité de libération de Puget-Théniers décide de la nommer « citoyenne d’honneur » et donne son nom à une rue du village. La guerre terminée, elle retourne aux USA où elle décède, subitement, en 1952.