AGRICULTURE

 

La culture des céréales | Le foulage | Le vannage | La fenaison

Labour à Beuil 

Une agriculture en terrasses

Terrasses de cultures à ThiéryL'agriculture traditionnelle du Haut Pays niçois et plus particulièrement de la Vallée de la Roudoule, compte tenu d'un relief très vigoureux, s'est développée en majeure partie sur les terrasses. Ces terrasses, les "sauchs" ou "faîsso" désignent la surface de culture. Le "barri "ou la "restanco" caractérisent plus spécialement le mur de soutènement, le barrage. Elles servaient à la culture du blé, de l'orge, de la vigne... Témoin d'une forte densité démographique et d'une pénurie de terre, cette agriculture n'a pas survécu à la mécanisation agricole et à l'exode rural. Les terrasses sont retournées en friche et ont vu leurs murets s'ébouler peu à peu entraînant une dégradation lente d'un paysage façonné par des siècles de labeur.

 

 

Cultiver sur les terrasses relevait de la maîtrise de trois éléments : l'eau, la terre, la pierre L'action de l'eau est violente et rare, il faut donc la dompter, empêcher son action érosive tout en favorisant son accumulation. Les paliers successifs, constitués par les terrasses, brisent le ruissellement et favorisent l'infiltration. La terre est précieuse. Elle risque à chaque orage d'être emportée vers la vallée. Le système des terrasses permet de la niveler et de la retenir. A chaque passage de l'araire ou de la bêche, "lou magau ", les hommes ont utilisé un panier, le "garbelou" pour récupérer et remonter sur les terrasses ce bien précieux. La pierre est présente partout, arrachée du sol pour générer un nouveau site, d'adversaire elle devient alliée. Elément du patrimoine, les terrasses participent à la beauté et au façonnage en courbe de niveau du paysage. Elles contribuent aussi à sa sauvegarde, en le préservant de l'érosion.

 

La culture des céréales

Moisson à Saint-LégerLa culture des céréales se faisait sur des terres en jachère bisannuelle, alternant céréales et fourrage ou pommes de terre. Le choix des céréales dépendait de la nature du terrain et de l'altitude. Au-dessus de 1000/1200 mètres, selon l'exposition le seigle "venait " mieux que le blé. Le blé et le seigle, dans une moindre mesure, étaient utilisés pour faire le pain et les pâtes.

L'avoine ("civaou") et l'orge ("ordi") complétaient l'alimentation des animaux. Les semailles se déroulaient à l'automne pour le blé et au printemps pour l'avoine et l'orge. Elles se pratiquaient à la volée. On ne conservait pas le grain de l'année précédente, les hommes préféraient acheter la semence provenant de basse altitude, car elle était jugée de meilleure qualité.

La moisson avait lieu dans la deuxième moitié de juillet. Elle s'échelonnait des terres de basse altitude aux plus élevées. Les hommes maniaient la faucille. Ils coupaient le plus ras possible afin de récupérer la paille pour les litières. Il y avait généralement une "lieuse" pour quatre moissonneurs. Elle formait les gerbes. Les gerbes étaient groupées en "gerbeiroun", plus ou moins importants, de 10 à 40 gerbes, selon le temps que l'on prévoyait pour le séchage. Ils étaient construits de forme conique pour que la pluie ruisselle sans les pénétrer.

Le blé devait être très sec pour le foulage.

 

Le foulage

Le foulage est une opération effectuée par beau temps sur des aires pavées de grosses pierres. Dans les hameaux, chaque ferme possédait la sienne. Les gerbes déliées étaient déposées au sol en cercle afin d'être foulées par un animal : bœuf, âne ou mulet. Celui-ci portait une muselière l'empêchant de consommer le produit de la récolte. Quand on estimait le grain suffisamment piétiné, les hommes enlevaient la paille à la fourche. Quelquefois on soumettait la paille à un second foulage pour récupérer les derniers grains.

 

 

Le vannage

Anciennement, on passait au crible ("lou drai") le grain ramassé sur l'aire de façon à éliminer les fragments d'épis pris avec le grain. Puis les femmes effectuaient le vannage au moyen d'un tamis, ("lou vanié"). Elles installaient un drap au sol, et profitant du courant d'air, elles secouaient, très haut le van rempli de blé. Le grain tombait sur le drap et les "espousso" étaient entraînées par le courant d'air.

Le tarare ou "ventaïre" n'a été introduit qu'après 1880. Le principe de cet appareil repose sur la différence de poids et de volume des bons grains et des corps étrangers, en l'occurrence les espousso. Le ventilateur de bois envoie de l'air pendant que le grain à nettoyer tombe en nappe continue sur des cribles animés d'un mouvement trépidant, où il se débarasse ainsi par courant d'air de ces débris de paille. Le ventilateur et les cribles sont actionnés par une mécanique entraînée par une manivelle qu'il convient de tourner régulièrement.

Le grain recueilli devait encore passer au lavage pour éliminer les derniers déchets qui pouvaient rester : ceux-ci, plus légers que le grain, montaient à la surface de l'eau et étaient entraînés par le déversoir de la fontaine ou du lavoir qu'on utilisait pour cette opération, le reste était enlevé à la main. Le grain était alors mis à sécher sur des toiles puis ensaché pour être porté au moulin à dos de mulet. Une grande partie de la récolte était toutefois conservée, à la maison, en grains dans des sortes de coffres maçonnés, ("lou veillo"), surmontés d'un placard : le grain se conserve, en effet mieux que la farine.

 

La fenaison

Le foin était fauché à la faux ("daï"). La faux était un instrument qui s’entretenait et s’affûtait régulièrement. L’enclumette ("encap") permet de régulariser les irrégularités d'une faux par martelage avant l’affûtage. L'opération consiste à redonner du fil à une lame usée, ébréchée. Elle oblige le faneur à un arrêt momentané de son travail et au démontage de la lame de la faux.

Chargement d'un barriou à Villars-sur-VarL'enclumette est enfoncée dans le sol jusqu’aux volutes, et la lame battue au marteau ("chapouïre") sur l’arête. La lame est ensuite affûtée. La pierre à affûter se trouve dans un coffin ("couiller") attaché à la ceinture du faucheur. Elle doit rester toujours humide et baigne dans l’eau avec de la paille pour éviter que le faucheur ne se mouille. Le foin une fois coupé, séchait. On le remuait de temps en temps à l’aide de fourches en bois à deux ou trois dents avant d’être râtelé avec un râteau en bois. Le foin est ensuite entassé dans des filets, chargés à dos d’homme ou sur des mules et amenés à la grange.

Chaque animal portait deux filets ("barriou") par voyage. L’évaluation de la production se faisait en charge. Le foin était ensuite recoupé, à l’aide d’un coupe foin emmanché ou d’un coupe foin articulé sur un châssis.