SYLVICULTURE

 

Une déforestation millénaire

La déforestation a connu son apogée à la fin du XIXe siècle avec pour conséquence des phénomènes érosifs intenses et l'accroissement de la torrentialité. Contrairement à une idée fausse, trop souvent répandue, les chaînes subalpines méridionales sont, depuis quelques décennies, en voie de reboisement. On le doit aux efforts considérables déployés par le Service des Eaux et Forêts sous la Troisième République, à la disparition presque complète du mode de vie traditionnel et à l'abandon de l'agriculture.

Pépinière de la Chaise, Puget-Rostang, vers 1890

A l'origine, lorsque les premières communautés humaines se sont installées dans la région, celle-ci devait être très boisée, y compris jusque sur les sommets aujourd'hui dénudés. Le lieu dit la Méléa (Tête de Mélèze) laisse supposé que le massifdu Barrot devait pour une large part correspondre à une forêt de mélèzes. L'action de l'homme, modeste au début, s'est rapidement intensifiée, d'autant que la densité de peuplement est longtemps demeurée très élevée, avant de s'éffondrer au début du XXe siècle. Naturellement cela impliqua l'attaque du couvert forestier de toutes les façons possibles et à des fins multiples. Tout d'abord, pour les nécessités domestiques quotidiennes. Le bois constitue le seul combustible, tant pour se chauffer que pour cuisiner. Le bois est également indispensable à toutes les constructions. La longueur des troncs détermine souvent la largueur du maison. On emploie aussi le bois pour les fours à chaux et à plâtre.

En 1786, la commune de Puget-Rostang se plaint de ne pas en avoir suffisamment pour réaliser des fours à chaux. Enfin, la mise en culture de nouvelles parcelles, conséquence de l'accroissement démographique, a grandement contribué à la disparition des forêts primitives; Il faut y ajouter les ravages causés par le petit bétail, notamment les chèvres puisque celles-ci étaient admises dans les forêts, y compirs après les coupes de parcelles, au détriment des jeunes plants restants. Les pluies violentes ont accéléré l'érosion, laissant l'empreint de ses griffes sur la montagne. Conscient des désastres dû aux déboisement, les habitants ont entrepris dans un premier temps la déforestation des ubacs peu propices aux récoltes. Une des premières conséquences néfastes connue dont l'histoire garde des traces écrites fut la catastrophe de 1525, où la Roudoule ravagea toute la partie basse de Puget-Théniers en emportant le pont.

Au XVIIIe siècle, tous les règlements communaux tendent à préserver des espaces forestiers en les mettant en "défens". A Puget-Théniers, on rédige une charte pour lutter contre les éffets de la déforestation, mais il est déjà trop tard. Au milieu du XIXe siècle, le département des Basses-Alpes subit des crues catastrophiques. L'ampleur des dégâts incite l'Etat à intervenir de manière énergique.

 

Un siècle de reboisement

Reboisement, Rigaud, vers 1890. c. R.T.M.Face à la dégradation des espaces montagnards, notamment "l'état du sol et les dangers qui en résultent pour les terrains inférieurs", le Second Empire promulgue la loi du 27 juillet 1860 qui consacre le début des travaux de restauration des terrains en montagne. Cette loi met en place des secteurs obligatoires de reboisement et le subventionnement de périmètres facultatifs sur les terrains communaux. Il s'agissait de lutter contre la déforestation et l'érosion des terrains. De graves inondations dans les Alpes en 1856 et 1859 ne furent pas étrangères au vote de cette loi qui fut très impopulaire auprès de certaines populations locales atteintes dans leurs ressources essentielles par les restrictions mises aux pâturages. Le 8 juin 1864, une nouvelle loi est promulguée, elle substitue le plus souvent possible le gazonnement au reboisement pour ménager les intérêts pastoraux. En avril 1882 naît la loi sur la restauration et la conservation des terrains en montagne stipulant la création généralisée de périmètres de reboisement. Elle fut accompagnée de moyens financiers importants. Les travaux outre les plantations et la création de pépinières comprenaient le fascinage des talus, des barrages de retenues, la rectification et le curage des lits des grands ravins. Les moyens financiers mis à disposition pour le reboisement furent une aubaine pour la population locale employée sur les chantiers. En 1895, le chantier de la maison forestière de la Chaise occupe partiellement 39 ouvriers, dont 23 de Puget-Rostang et 15 de Puget-Théniers, durant les périodes les plus propices aux plantations qui sont le printemps et la fin de l'automne. Les travaux de reboisement, notamment au lieu dit les Renières, se poursuivront dans le Pays de la Roudoule jusqu'au début des années 1950.

 

Le flottage du bois sur le Var

Flottage sur Var, J.GilletaDu fait de l’absence de voies carrossables dans la plupart des zones forestières montagneuses du Comté de Nice, on pratiquait le transport du bois par flottage. On amenait les troncs par traînage à proximité des cours d’eau. Pour vidanger les bois, on profitait de l'époque des pluies d'automne et surtout de la fonte des neiges au printemps. Le pin laricio et le mélèze dominaient. Ce commerce profitait essentiellement à des négociants en bois niçois qui le revendaient pour la construction et le chauffage.

Les troncs flottaient à « bûches perdues » compte tenu du débit torrentiel des cours d’eau du Haut Pays. Sur le Var le flottage en radeau était néanmoins possible :

-sur le territoire de la commune de Puget-Théniers au milieu du XIXe siècle.
-à partir de Saint-Martin-du-Var, mais seulement sur trois lieues.

Au XVIIIe siècle on pratique déjà le flottage sur le Cians et le Var.

- En 1633, Antoine Riboty de Rigaud convoie, sur le Cians, pour le compte de la commune de Puget-Théniers, 48 troncs abattus aux environs de Pierlas.
- En 1662, pour sa marine, Louis XIV fait convoyer sur le Var, après des travaux d’élargissement, une coupe de bois provenant de la forêt de  Méailles.

Au milieu du XIXème siècle, la majeure partie des coupes proviennent de divers propriétaires :

-  du Val d’Entraunes, (St Martin d’Entraunes et Villeneuve d’Entraunes)
 - des bois d’Amen (Guillaumes)
-  des forêts d’Entrevaux.

Les quantités énormes de bois abattus et leur flottage contribuent grandement, malgré une stricte réglementation :
- au déboisement des forêts
- à la ruine des berges aménagées en bordure du Var
- à la dégradation des ponts sur le parcours

Source :THOMASSIN Philippe - "le flottage du bois", dans Au fil de l'eau, Ecomusée du Pays de la Roudoule/Serre, Puget-Rostang, 2001. p. 95-98