PATRIMOINE INDUSTRIEL

 

Pont suspendu / coopérative laitière / câble à lait / tramway du Haut-Var / fabrique de pâte / tannerie / usine de meuble / moulin à sang / moulin à noix

Les Mines de Cuivre du Cerisier (hameau de Léouvé - La Croix-sur-Roudoule)

Dans les dernières années de l'époque sarde, les recherches minières vont en s'intensifiant. Le 6 juin 1860, le Roi de Sardaigne Victor Emmanuel II signe l'acte instituant les concessions de l'ubac de Jourdan et du Cerisier en faveur de MM. Heneage, Thomas Thompson et Francfort.

Très vite les efforts d'exploitation ne se portent que sur le gisement du Cerisier qui s'étend sur les communes d'Auvare et de La Croix-sur-Roudoule. Dans un premier temps, les gisements du Cerisier, qui occupent une trentaine d'ouvriers, ne fournissent qu'une dizaine de tonnes de minerai épuré par un simple lavage. La société concessionnaire les expédie en Angleterre par les ports de Nice ou de Marseille.
Dès 1836, afin d'augmenter la teneur en cuivre du minerai, un atelier de préparation mécanique, est édifié sur la rive gauche de la Roudoule. Il comprenait broyeurs, trommels, des cribles et tables à secousses. La force motrice des machines de la chaîne d'opérations  provenait de deux roues à augets de 5 m de diamètre. Elles étaient actionnées par l'eau  de la Roudoule amenée par un canal. Avant que la route n'arrive à Puget-Théniers, le transport du minerai se faisait à dos de mulet jusqu'en bordure du Cians. En 1878 une voie carrossable est réalisée de Puget-Théniers jusqu'à la mine. Encore fallait-il que la neige n'empêchât pas les fourgons de circuler. La Compagnie des mines de La Croix demande l'autorisation d'établir un service de transport par locomotives entre Nice et le Baous-Roux. Le convoi sera composé d'une locomotive routière à vapeur d'un poids de 6,5 t et de 4 wagons de 3,5 t roulant à 4 km/h ! A partir de 1878, les ingénieurs projettent d'édifier un demi haut-fourneau de fusion. Mais l'activité de la mine plafonne. En 1884, les difficultés de la Société vont en augmentant. Les causes en sont multiples :
- fonctionnement insuffisant de la fonderie;
- failles très nombreuses qui rendent l'extraction difficile et coûteuse;
- filons s'appauvrissant.

Afin de redresser la situation, on décide d'installer un atelier de traitement électrolytique mais rien n'y fait.  A partir de 1885, le personnel est licencié.  En 1886, les activités de la mine sont arrêtées. Au total 100 000 tonnes de tout venant ont été extraites pour 2500 tonnes de cuivre.

Comprendre la géologie de la vallée de la Roudoule.


Musée du Cuivre - Hameau de Léouvé
06260 LA CROIX-SUR-ROUDOULE 
tél. 04 93 05 14 64

Sources :
MARI G. - Les anciennes mines de cuivre autour du dôme du Barrot, édition Serre, Nice, 1992, 111 p.
MARI G. - La mine du Cerisier et les transports, dans Mounta Cala, les voies de communications en Pays de Roudoule, édition écomusée du Pays de la Roudoule, Puget-Rostang, 1998, p.35-38
MARCHESE E. - Note sur les mines de cuivre de l'arrondissement de Puget-Théniers, imprimerie de Gaétan Schenone, Gênes, 1883.
THOMASSIN P. - Les eaux au service de la mine de cuivre du Cerisier, dans Au fil de l'eau, édition écomusée du Pays de la Roudoule, Puget-Rostang, 2001 p.91-94  

 

Le Pont suspendu (La Croix-sur-Roudoule)

En 1887, le pont muletier construit en 1842 ne répond plus aux besoins des habitants de Saint-Léger qui souhaitent franchir la clue de la Roudoule en char à bancs. Leur aspiration n'est satisfaite qu'en 1899, date à laquelle est construit le pont suspendu.Pont suspendu, La Croix-sur-Roudoule, 1/3 XXe s.

Le pont suspendu est une synthèse d'innovations techniques. Il témoigne de l'avancée des études et des méthodes de calcul des ouvrages d'art. Il bénéficie du perfectionnement des matériaux : poutres métalliques en "I", assurant la rigidité du tablier, câbles à torsion alternative, dispositifs amovibles de fixation (câbles de suspension et suspentes). Son architecte : Ferdinand Arnodin a marqué de son talent la seconde moitié du XIXe siècle et le début du XXe siècle en réalisant des ponts transbordeurs qui feront la célébrité de son entreprise. Il invente notamment le câble à torsion alternative. Les câbles ne sont plus constitués de "fils de fer" parallèles, mais ils sont tressés entre eux afin d'assurer la régularité de la tension des brins.

En 2001, l'entreprise Arnodin a été chargée des travaux de renforcement du pont : changement du tablier et remplacement des câbles. Le tonnage autorisé est ainsi passé de 5 à 15 tonnes.

Source :
THOMASSIN Philippe "Ferdinand Arnodin ou la passion des ponts suspendus, dans Mounta Cala, édition Ecomusée du Pays de la Roudoule, Puget-Rostang, 1998 p. 29-32

 

La Coopérative laitière du Haut-Var (Guillaumes)

coopérative laitiere

En 1903, les cultivateurs du Haut-Var se réunissent en association pour fonder une coopérative laitière (1). Leur choix est guidé par la précarité de leurs situations. Les céréales, dont la production est excédentaire ne leur rapportent plus. Ils sont frappés par la baisse des cours et par l’importation massive de farine étrangère. Pour faire face, car seuls les pâturages leur restent, ils décident d’orienter leurs activités vers la filière laitière.
Leur projet repose sur l’exemple des fruitières de Roquebillière, Sospel et Moulinet. Outre la fabrication de fromage, il souhaite produire du beurre et du lait « pasteurisé ». Le lait doit en effet être commercialisé à Nice. Les membres fondateurs, pour la plupart des élus (M. Long adjoint à Guillaumes, M. Arnaud Maire à Villeneuve d’Entraunes, M. Ollivier Maire à St Martin d’Entraunes, M. Lieutaud, M. Autherman adjt d’Entraunes) sollicitent l’aide du département et de l’Etat (2) pour accomplir leur projet de sauvetage de leur économie montagnarde. Il est évalué à 43375 F (3). Il s’agit d’acquérir le terrain, construire le bâtiment, d’acheter :
- du matériel fixe (moteur électrique de six chevaux avec ses massifs, chaudière à vapeur, bac de récupération, matériel pour la fabrication de beurre, du fromage, pour la pasteurisation du lait, pour la stérilisation du lait et pour la production du froid.
- du matériel mobile (4000 bouteilles à lait formule spéciale 1 litre, 5000 bouteilles à lait stérilisées ¼ litre, 200 bidons contenance moyenne 15 litres, trois voitures spéciales pour le transport du lait, aménagement d’un wagon frigorifique sur la ligne du sud.
L’avis de l’inspecteur des Eaux et Forêts n’est pas favorable à l’établissement de la laiterie à Guillaumes(4). Les principaux centres de production se trouvent alors à la source du Var dans les alpages d’Esteng et de Sanguinières. Les distances des étables au chef-lieu varient  entre 15 et 21 kilomètres. Il s’interroge sur la capacité des vaches laitières présentes alors dans le canton à fournir 2 à 3000 litres de lait nécessaire au fonctionnement minimum de l’usine, alors qu’à Roquebillière, 889 vaches ont produit en 1902, 1230 kg de lait en moyenne par jour. De plus, il considère que les ressources herbagères de la région du Haut-Var sont bien moindres qu’à Roquebillière, Sospel et Moulinet, à cause de la grande quantité de terrains rocheux ou arides qu’on y trouve et qui sont incapables de nourrir tout le gros bétail strictement nécessaire pour alimenter à plein rendement une laiterie aussi importante que celle qui est en projet. Ces remarques ne sont pas prises en compte. L’établissement d’un service régulier de charrettes à deux chevaux entre Guillaumes et Entraunes et la collaboration des propriétaires des hameaux importants (Chastelannette, Prapelet, le Monnard (commune de St Martin), ceux de la commune de Péone et ceux des principales agglomérations de Sauze est sensé compenser ces risques. Les fondateurs envisagent même l’établissement de services spéciaux. L’un d’entre eux sera le câble à lait de Bouchannières (5).
Contrairement aux souhaits des membres fondateurs de la coopérative, l’établissement n’est pas ouvert à l’automne 1903, mais deux années après à la même période (6). La coopérative laitière génère des emplois : fromager, employés à l’usine, voituriers. Elle incite aux investissements dans les campagnes. Les troupeaux de vaches laitières augmentent. On améliore la race en important taureaux et vaches tarentaises (7). L’équipement se modernise à l’exemple de celui de M. Ollivier qui achète une faucheuse (8).
En 1929, la société entre temps devenue anonyme, compte 150 adhérents. Le capital social qui avait été constitué à l’origine par 400 parts de 25 francs, atteint 477 parts productives d’un intérêt maximum de 4%. La production laitière annuelle dépasse 1.500.000 litres. Pendant 8 mois par an, la coopérative traite chaque jour de 3.500 à 4.000 litres de lait, destinés aux populations des villes du littoral et plus particulièrement aux consommateurs de Nice. Les appareils de pasteurisation et les appareils de réfrigération prévus à l’origine pour 2.000 litres de lait, ne répondent alors plus aux besoins. Le traitement du lait s’effectue dans des conditions hygiéniques considérées comme déplorables. L’installation d’un matériel adapté aux exigences nouvelles, ne pouvant être envisagée dans les locaux existants, considérés comme trop exigus, nécessite un agrandissement important des bâtiments.
Un nouveau projet est établi pour un traitement journalier de 4.500 litres de lait. Il prévoit le rehaussement du bâtiment d’un étage. Le projet d’installation mécanique prévoit la révision de la chaudière Field qui sera conservée comme chaudière de secours, la révision de la machine à vapeur qui sera utilisée, pour la pasteurisation. L’installation du matériel neuf comprend : un groupe à essence de 15 CV, une machine frigorifique (9), un appareil « pasteurisateur » à grand débit, un bec laveur pour bidons et enfin, toute la tuyauterie de vapeur d’eau et de lait nécessaire au fonctionnement de ces appareils. Le montant du devis s’élève alors à 300 000 F (10). La nouvelle coopérative, en pleine expansion, adhère à la Centrale Laitière de Nice qui constitue une fédération des principales coopératives laitières du département des Alpes-Maritimes (11). La Centrale permet le traitement hygiénique du lait et sa diffusion dans les commerces du littoral. Le prix payé aux producteurs varie selon leur éloignement de Nice où d’autres cités de 1,07 à 1,48 F soit un prix moyen de 1,27 F. Cette économie laitière va malheureusement péricliter dans les années 1965 (12), avec l’effondrement du prix du lait.

Philippe Thomassin

sources :

THOMASSIN Philippe - Etude pluridisciplinaire du site de Barels, Tome III "mémoires et savoirs", Ecomusée du Pays de la Roudoule, Puget-Rostang, 2004, p.83-84.
(1) ADAM 7M345 - La société se constitue sous la forme anonyme, le 9 octobre 1909.
(2) Article 5 de la loi du 4 avril 1888.
(3) ADAM 7M104 La société fournit un premier apport de 10 000F, le conseil général de même par délibération
du 22 avril 1903.
(4) ADAM 7M104 avis de Avis de l’Inspecteur des Eaux et Forêts, 16 avril 1903.
(5) Cf, pour une approche de l’inventaire mobilier
(6) ADAM 7M104 Demande de subvention le 9/9/1905 mentionnant que la mise en marche est assurée pour le courant octobre.
(7) Cf. Travaux de Frédérique Roy sur l’amélioration des espèces bovines.
(8) Source orale B.O 
(9) Machine frigorifique type frigorigène, de 6.000 frigories-heures, pouvant refroidir à + 3° 4000 litres de lait supposés à la température de 17°, actionnée par un moteur électrique de 7 CV.
(10) ADAM 7M345 – Service du génie rural – circonscription de Nice - Mémoire explicatif, février 1929.
(11) En 1929, les cinq coopératives du département (Guillaumes, St Sauveur, Sospel, Belvédère, Puget-Théniers) ont livré 2 430 000 litres de lait. La Centrale laitière de Nice a été créée en 1933.
(12) D’après un ancien usager du câble à Bouchanières.

 

Le Câble à lait (Hameau de Bouchannières - Guillaumes)

câble à lait de BouchannièresLe hameau de Bouchannières se situe à une heure et demi de marche de Guillaumes. Il fournissait, au début du XXe siècle, à la laiterie coopérative environ cinq cents litres de lait  par jour. Le lait était acheminé à tour de rôle par les propriétaires à dos de mulet. Le trajet était fort pénible voir impossible l’hiver, quand la route se recouvrait d’une épaisse couche de neige pendant des mois entiers. Pour éviter cette corvée, on décida en 1908 de construire un câble porteur pour desservir les associés de la laiterie coopérative du Haut-Var habitant Bouchannières. Le câble devait relier le hameau à la vallée du Var au niveau du hameau de la Ribière. Un service automobile de transport laitier, desservant la vallée, pouvait récupérer le chargement. Cette construction eut également pour vocation d’inciter les propriétaires à progressivement remplacer leur ovins par des vaches, et par conséquent accroître les quantités de lait fournies par le hameau. De plus, comme le soulignait l’ingénieur des améliorations agricoles, « dans cette région, où le terrain est peu stable, le remplacement du petit bétail par le gros bétail qui fait moins de dégâts augmente la stabilité du terrain ». On décida que les propriétaires payeraient une taxe capable de couvrir l’investissement, l’entretien et l’amortissement. Elle représentait par litre de lait une dépense de 0,012 francs. Cette taxe était très faible et le transport à dos de mulet revenait à un prix supérieur. La laiterie arrivant à payer le lait aux coopérateurs à 0,24 francs on remarque que la dépense pour le transport est de 1/20 du prix payé. En outre le lait, n’étant pas cahoté, arriva en bien meilleur état.
Pour bénéficier de la subvention, une association syndicale libre est créée le 23 février 1914. Elle siègea à Guillaumes. Le coût du projet est évalué à 15 000 francs, dont le tiers financé par l’Etat. Le projet est malheureusement stoppé par la Première Guerre Mondiale. Le procès verbal de réception définitif date du 23 décembre 1923. Le câble sera électrifié en 1938 et cessera de fonctionner à la fin des années 1980.

Source : THOMASSIN Philippe - Etude pluridisciplinaire du site de Barels, Tome III "mémoires et savoirs", Ecomusée du Pays de la Roudoule, Puget-Rostang, 2004, p.146

 

Le Tramway du Haut-Var

Ligne du Tramway du Haut-VarLes travaux du chemin du fer du Sud ne sont pas encore achevés que déjà les habitants du Haut-Var souhaitent être rattachés à la ligne de chemin de fer Nice-Digne pour s'assurer un débouché vers le littoral.
Le tracé envisage de relier la future gare du Pont de Gueydan à Guillaumes. En 1914, les terrassements de la plate-forme sont terminés, mais la guerre ralentit les travaux et la reprise qui suit l'Armistice sera très lente. L'électrification de la ligne n'est terminée qu'en 1923.
La ligne est inaugurée en grande pompe par le conseiller général du Canton, Just Durandy. Très vite, elle s'avère déficitaire. Aux difficultés techniques continuelles s'ajoutent une fréquentation faible des trains par les voyageurs et la concurrence grandissante de l'automobile. Les dépenses devenues exorbitantes conduisent à la fermeture de la Ligne du Haut-Var en mai 1929, moins de six ans après son inauguration.

 

En savoir plus le "tramway des vallées".

 

La Fabrique de Pâte (Puget-Théniers)

Fabrique dde Pâtes, vers 1908, place de l'église Puget-ThéniersFrançois Boyer, boulanger de formation décide à l’occasion de son mariage en 1906 de créer une fabrique de pâtes alimentaires à Puget-Théniers. Il n’en existe alors aucune entre Nice et Digne. Son rapide succès commercial s’explique aisément. On consomme quotidiennement des pâtes dans la soupe. De plus, de nombreux ouvriers, pour la plupart italiens, employés à la construction du chemin de fer augmentent sa clientèle. Outre de fournir les environs immédiats, il expédie de lourdes corbeilles en osier contenant 50 à 60 kilos de pâtes par le chemin de fer vers Entrevaux ou Annot. Enfin il complète son activité en vendant des produits de premières nécessités, comme le sucre, le riz, les bougies, le savon… Dans un premier temps, la fabrique est installée au rez-de-chaussée de la Place de Gaulle, mais les deux presses, fondues par les établissements Giordan à Nice, vibrent tellement que l’immeuble en tremble.  François Boyer est contraint de les déplacer et décide d’aménager le sous-sol faisant face au jardin en contrebas. La fabrique est prospère  malgré les difficultés d’approvisionnement électrique stoppant pétrin et presse lorsque les turbines hydrauliques des deux fournisseurs locaux, Miquelis ou Brouchier, sont affectées par  les pannes, les orages ou la sécheresse… Mobilisé comme soldat boulanger, François Boyer confie l’affaire à son frère Paul déclaré inapte au service actif jusqu’en 1918. L’entreprise emploie huit personnes (deux italiens affectés à la fabrication, cinq ou six femmes au séchage et aux emballages. François et Paul Boyer se changent de la préparation des commandes.
En 1924, François Boyer cède la gérance à son frère Paul qui s’associe à M. Echassoux qui modernise. Les presses à vis sont remplacées par deux presses à double cloche hydraulique. Au décès sa femme, il cède sa part en 1929 à deux associés Jean Raybaud et Baptistin Bottiliengo. Suite à des discordes, Baptistin Bottiliengo reste seul associé de Paul Boyer en 1934. René Boyer, fils de François après des études hôtelières entend reprendre l’affaire. Il apprend son métier comme vermicellier dans la fabrique de pâtes de M. Santagostino située route de Turin à Nice. Début 1936, il s’associe avec Baptistin Bottiliengo. La concurrence est rude, pas moins de 58 fabricants sont recensés dans les Alpes-Maritimes. La fabrique de taille modeste produit 10 à 18 quintaux par jour.  Elle fournit le canton Annot, quelques clients isolés à Saint-André les Alpes, les cantons de Guillaumes et Puget-Théniers et une partie de la vallée de la Tinée et de la Vésubie. La crise économique sévère de 1935 réduit considérablement les marges. La semoule s’achète à 1f30 le kg alors que le prix des pâtes varie entre 2f10 et 2f40 le kg. Fin 1940, François Boyer convint Baptistin Bottiliengo de lui vendre sa part. René Boyer se retrouve à la tête de la fabrique. Après guerre René Boyer tente de résister  face à Rivoire et Carret, seul fabricant a présenté sa marchandise en étuis carton de 250 gr et à Panzani, qui dès 1949, se sert de la publicité papier et radio pour révolutionner le marché.  Il dépose deux marques. Sur les sachets en papier cristal blanc de la première : « les Pâtes du Mont Mounier » est imprimé la devise : « Du sommet du mont au sommet de la qualité ». La seconde  « Bébé » sachet de couleur cristal jaune cible la clientèle.  Tardivement en 1949,  René Boyer décide d’acheter une presse automatique avec un rendement de 120 à 150 kg par heure. Mais la qualité n’est pas au rendez-vous et au bout de quelques années d’efforts pour essayer de s’adapter René Boyer revient à la fabrication avec des pétrins et des laminoirs. Parallèlement les habitudes alimentaires changent. Moins de pâtes, plus de laitages et de viande... Les cheveux d’ange font de moins en moins le bonheur. D’autant plus qu’un nouveau concurrent, Raymond Dol, s’installe à Saint-André-les-Alpes avec du matériel très moderne. Ciblant le littoral il ne fait pas défaut à René Boyer mais le marché devant de plus restreint, il se rabat sur les vallées et provoque le dépôt de bilan de la fabrique pugétoise au début de l’année 1954. René Boyer devient grossiste et Raymond Dol lui aussi concurrencé est mis en faillite l’année suivante.

Source : BOYER René - Mémoires, Puget-Théniers, s.d.

 

Les Tanneries (Puget-Théniers)

A Puget-Théniers nous trouvons l’existence d’un moulin à tan dès 1600 au quartier de la Blanquerie (le terme en langue d’oc est dérivé du germanique blank, blanc. Il a donné en ancien provençal blancaria, et les autres formes sont blancario et blancarié. Tous ceux qui se nomment Blancheri, Biancheri, Blanchié, Blanchier, Blanquier, Blanchè, ont un ancêtre qui travaillait dans la tannerie.). Vers 1820, Lors de la restauration sarde, la ville devient le principal centre de l’industrie du cuir dans le Comté de Nice et le plus grand entrepôt de peaux de chevreaux entrant en France par les Alpes Méridionales. Le quartier de la Blanquerie présentait un triple avantage pour l’industrie du cuir : de l’eau à volonté grâce au fleuve Var, également une source abondante toute l’année, enfin son éloignement de la ville ce qui évitait les mauvaises odeurs, surtout lorsqu’ils y eut quatre tanneurs en exercice. La tannerie Viborel disparut en 1892.
Une tannerie se trouvait à l’emplacement du collège actuel et dans le grand bâtiment promenade du Lieutenant Maurin. Elle traitait les peaux qui venaient de l’abattoir ;
Les peaux étaient raclées sur des pierres qui allaient dans l’eau courante. Les tripes étaient traitées avec du tanin. Tous les déchets étaient versés dans la Roudoule. Dans les étages se trouvaient les séchoirs et les appartements.  Elle occupait 10 à 12 ouvriers dont 4 à 5 racleurs.

 

L'Usine de meuble Casimir Brouchier (Puget-Théniers)

En 1906, Casimir Brouchier met en place une fabrique de meubles, sur la rive droite du Var. Elle succède à une fabrique située dans le village, place de la Clue.
Cette usine construite primitivement en bois sera reconstruite en dur après sa destruction par un incendie. Le nouveau bâtiment est alimenté en électricité par des turbines installées sur un canal creusé sur 1 km, le long du Var.
L’usine brûlera une deuxième fois, le 9 novembre 1910. La maison attenante sera sauvée grâce à la mobilisation de la population pugétoise et la réquisition des pompiers du département.
Trois générations se sont succédées à la tête de l’entreprise. De 60 à 100 employés y ont traité le bois de la coupe au vernissage et fabriqué des meubles pour les plus grands hôtels nationaux.
En 1939, les femmes pugétoises furent employées pour poser les charnières aux caisses des munitions.
Durant la Seconde guerre mondiale, l’ennemi brûlera l’usine en représailles à l’assassinat de soldats allemands, dans le Gourdan, après avoir fait construire les cercueils pour ses morts.
En 1951 elle sera vendue avec sa succursale de Nice à l’entreprise Poirier. Puis en 1958, le Conseil Municipal annonce la réouverture de l’usine de meubles. A cette occasion un banquet de 150 repas sera offert, dans la salle des fêtes, par M. Poirier à tous ses ouvriers de la Côte et de Puget. L’usine se spécialisera principalement dans la fabrication de la literie et fera travailler jusqu’à 50 employés qui auront la possibilité d’être logés dans le grand immeuble « Blanche neige » tout proche de l’usine qui fonctionnera une vingtaine d’années.
Quant à la maison, elle est restée propriété de la famille Brouchier. C’est une belle bâtisse qui possède des détails d’architecture remarquables.

Source : ALBANO Anthony, Puget-Théniers se raconte, A.C.C.P., 2008

 

Le Moulin à sang  (Rigaud)

Le moulin de Rigaud est dit "moulin à sang". La force motrice est en effet intégralement fournie par la traction animale. Il est dit aussi "domestique" car il est situé au rez-de-chaussée de la maison d'habitation du moulinier.
Anciennement propriété des seigneurs, la commune s'est libérée des banalités sur ce moulin en les rachetant en 1679. Tous les habitants avaient obligation d'aller moudre leurs olives au moulin. Le moulinier bénéficiait de 3 livres d'huile (1,65 l) par charge (quantité d'olives nécessaire pour remplir une piste).

Pour le visiter :
La clé du moulin se trouve à la mairie de Rigaud
tél. 04 93 05 03 37. Elle est ouverte tous les matins du mardi au samedi et le vendredi toute la journée.

 

Le Moulin à noix (Guillaumes)

moulin à huile de noix - GuillaumesCe moulin déplacé et reconstruit en 1901 est à traction animale. On le qualifie de  "moulin à sang".
Autrefois, à la veillée, tout en bavardant et en racontant des histoires on cassait des noix afin de remplir des paniers de cerneaux. Il faut  une charge 30 kg en moyenne pour actionner le moulin et 2 kg pour obtenir un litre d'huile.
Les cerneaux étaient portés au moulin. Le propriétaire du moulin mettait ces cerneaux sur la pierre horizontale du moulin. Un âne qui tournait autour de cette pierre creuse actionnait une pierre verticale qui écrasait les cerneaux en les réduisant en pâte grasse.
Cette pâte était ensuite pressée dans un pressoir donnant une huile vierge d’un goût agréable. C’était la pression à froid. Puis, cette pâte était chauffée à 30° ou 40° en la brassant de temps en temps pour uniformiser la température et à nouveau on la pressait. C’était la pression tiède qui donnait une huile plus fruitée. On recommençait à chauffer jusqu’à 70° environ puis à presser et on obtenait une huile, d’un goût très fort, qui était utilisée dans les lampes à huile.
La conservation de ces huiles se faisait dans un endroit frais et sombre pour éviter le rancissement.

Pour le visiter :
Musée des Arts et Traditions
06470 Guillaumes
tél. 04 93 05 59 09
tél. 04 93 05 57 76

 

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