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Absinthe

Absinthe
Usage: Plus connue pour ses effets ravageurs dans les estaminets et sous le nom de fée verte, l'absinthe n'est pas distillée dans les montagnes du Mercantour. Mme B., originaire de Barcelonnette mentionne la préparation de l'absinthe sous forme de liqueur (1). A Bouchannières, M. T. évoque la fabrication d’une liqueur à base de vin blanc et d’absinthe macérée dans une bombonne. Mme G, dans la Vésubie se souvient : "qu’il y en avait qui en mettaient un petit peu dans l’eau-de-vie. Ça donnait un peu le goût comme le Fernet". Mais comme l’évoquait  la grand-mère de Mme G. dans le Val d’Entraunes : "Attention, c’est pas pour l’aumône !".

La plante était néanmoins appréciée pour ses vertus médicales. Le chanoine Célestin Fabron, originaire de Douans, l’a d'ailleurs utilisée associée aux bourgeons de sapin, pour créer une tisane médicale : la Fabronine, dont la vente jusqu'en Amérique lui permit de construire l'église de Saint-Martin-de-Peille.

Vermifuge

L'absinthe se ramasse toute l'année. On l'emploie contre les vers des enfants (les oxyures). Plusieurs méthodes sont recensées. Dès le plus jeune âge dans la Tinée, on donne des biberons d'infusion d'absinthe (2) parfois mélangée avec du lait. A Isola, Mme T. rappelle que les feuilles fraîchement cueillies étaient mises à infuser cinq minutes dans l'eau : "deux à trois brins par tasse". Le remède but dans un bol le matin à jeun permettait en une seule fois (fort heureusement car il est très amer et servi sans sucre) la disparition des vers (3).  Dans l'Estéron, à la différence de la Tinée, on faisait également infuser les fleurs (4).  Dans l'Ubaye  Mme M. de Bayasse note que la cure pouvait être poursuivie pendant 8 jours si nécessaire (5).
Quoi qu'il en soit, plusieurs de nos interlocuteurs dans toutes les vallées du Mercantour se souviennent avec "amertume" de la tisane d'absinthe.

Une autre recette consiste à piler les feuilles dans un mortier et à en prendre une demi-cuillère à soupe le soir pendant le repas. Théoriquement le lendemain, les vers ont disparu ! (6) Plusieurs personnes se rappellent que l'on écrasait "l'ichens" dans un pilon, avant de la passer dans un chiffon et de boire ce jus, parfois coupé d'eau.

La plante qui semble très efficace, peut être administrée sous forme de cataplasme. Dans la Tinée, on mentionne que les feuilles étaient pilées et enveloppées dans un chiffon pour faire une sorte de "chausson"  placé sur l'estomac des enfants (7). M. G. rappelle qu'à Valdeblore, on frottait le ventre des enfants avec de l'absinthe pour lutter contre les vers.

Les vertus vermifuges de la tisane d'absinthe sont aussi appréciées pour le bétail. Plusieurs de nos interlocuteurs le confirment pour les veaux. M. F. se rappelle que les veaux à la naissance sont sensibles aux vers. L'été, après la tétée, on pouvait leur faire boire un demi-litre d'absinthe : "les vers, ils sortaient en paquet, c'était incroyable, hein !".

Vertus digestives

"L'ichens" est également connue pour ses vertus digestives. Les feuilles peuvent être consommées en tisane ou simplement sucées. Macérer cinq ou six jours dans l'eau de vie puis mélangée avec du vin blanc et du sucre, la liqueur d'absinthe bue dans un petit verre avant le repas stimule l'appétit (8). Dans l'Ubaye, M. S. suggère une macération dans l'eau froide de quelques fleurs et feuilles dans un litre d'eau, durant une quinzaine de minutes. La préparation est à consommer au cours de la journée en buvant quelques gorgées avant chaque repas. M. S. précise que prise après les repas elle facilite la digestion (9).
M. M. affirme dans le cas d’une crise de foie que la tisane d’absinthe est son remède préféré. M. F. précise : "quand la digestion ne tourne pas bien, quand vous avez fait la java, vous avez trop mangé, trop bu, vous faites une infusion de ça. Mais n'essayez pas de sucrer ! Il faut la boire tiède d'un coup, et après vous prenez un morceau de sucre".

M. G. évoque à Valdeblore l’emploie de la racine fraîche en tisane (« bouillie ») pour lutter contre le mal de ventre. Canestrier rappelle que dans les hautes vallées, la plante pouvait être associée avec du fenouil et des racines de gentiane pour faciliter la digestion.

Les animaux bénéficient également des vertus digestives de la plante. M. F dans la Tinée, rapporte que l’on en donnait à manger aux jeunes lapins justes sevrés et « il fallait voir l'appétit qu'ils avaient après ! »

Contraceptif

La plante aurait des effets contraceptifs. Dans la Tinée, Mme B. a entendu dire que les femmes ne désirant pas d’enfants en buvaient. Mme D. se souvient aussi : "l’absinthe s’utilisait pour les femmes qui ne voulaient pas d’enfants. Elles cueillaient de l’absinthe, elles se l’infusaient et elles faisaient des bains de sièges avec ça. Et elles y restaient jusqu’à ce que l’eau soit glacée dedans".

Insecticide

L’absinthe est également connue comme insecticide. Dans la Vésubie, un bouquet suspendu à la porte de l’étable fait fuir les mouches. Dans une armoire, ce sont les mites. Dans la Tinée, l’odeur du bouquet suspendu à l’intérieur de l’étable est considérée comme un désinfectant. L’absinthe est d’ailleurs brûlé avec du buis, du genévrier et du genévrier cade pour enfumer l’étable afin de la désinfecter et faire fuir les serpents.

Mais frottée sur les ruches, elle dégage une odeur forte qui attire les nouveaux essaims !

Récolte règlementée

La plante est récoltée tout comme la lavande. Les archives de Beuil, d’Illonse, de Belvédère et de La Bolline attestent de cette pratique dans la seconde moitié du XIXe siècle. L’adjudication concerne tout à la fois la lavande et l’absinthe. Nous vous invitons à consulter le chapitre consacré à la lavande pour connaître les règlements inhérents à cette exploitation.

Un de nos interlocuteurs a mentionné cette récolte. M. L. relate qu’une personne en avait ramassé une pleine grange pour revendre sa récolte. La plante entrait selon lui dans la composition du Pastis « ou d’autres choses comme ça ! »

(1) AMAN, 1990
(2) Association du Musée Stéphanois
(3) Enquête de François Couplan, 1982
(4) Paul Raybaut, Autoconsommation et Société traditionnelle, Paris, 1981
(5) Lipskier, 1983
(6) AMAN 1990
(7) Association du Musée Stéphanois
(8) LIPSKIER, 1983
(9) AMAN, 1990

Nom français: Absinthe
Nom dialectal: encen-incen (Estéron) - acensi (l') (Vésubie) - ishence (l') [l iS'ense] (Entraunes-Revest) - ichiens (l') [ichiéns] (St-Etienne-de-Tinée) (Bouchanières) - acensi (Valdeblore) - ichense (Saint-Sauveur) - ichense (Chateauneuf d'Entraunes) -  lazarnieul (Ve
Nom latin: Artemisia absinthium L.
Famille: Asteraceae